L’enfant et l’argent en protection de l’enfance

Les termes du titre composent un énorme non-dit dans ce domaine.
Prenons, par exemple,  le placement d’enfant qui est le LIEU même de changement à mettre en route dans la protection de l’enfance.

1. Au cours de la formation et de l’accompagnement des assistants familiaux on devrait parvenir à déconstruire l’idéologie de domination et de discrimination entre la bonne famille choisie, valorisée, recrutée, rémunérée qui donne de l’affectif et tout ce qu’il faut à l’enfant (le monde des bisounours vendu par les épigones de M. David) et la mauvaise famille diabolisée, enfermée dans un discours standardisé et destructeur du « noyau dur » de l’identité de l’enfant.  Les assistants familiaux sont amenés à travailler davantage dans la clandestinité s’ils veulent garder l’histoire ordinaire et l’attachement de l’enfant à sa famille, de sorte qu’il n’intègre pas la honte et la perte de soi que l’actuel système lui inflige. Les assistants familiaux témoignent du besoin de l’enfant d’espérer, de pardonner à ses parents, de les restituer dans une place verticale d’autorité, d’attendre de vivre avec ses parents, ses grands-parents, sa fratrie, ses tantes, oncles… Il est temps d’inventer des nouvelles méthodes pour que l’enfant ne soit pas dépossédé d’une appartenance ordinaire à sa famille qui est le droit fondamental de tout être humain. Une famille qui ne se réduit jamais à un discours type jugement de valeur sous couvert de « formation » que   l’administration combine à  la psychiatrisation de l’identité de l’enfant, à son « inscription » ou immatriculation dans une catégorie stigmatisée, de « handicapé » social. Ainsi, par exemple, il faudrait interroger la tendance lourde de créer des dossiers MDPH en protection de l’enfance. Mais combien de « dossiers » de demande pour des bourses et combien d’innovations pour que l’enfant puisse vivre comme tout les enfants dans leur environnement ?

La formation des assistants familiaux est un marché « sauvage », sans aucun contrôle des contenus et sans évaluation de leur charge idéologique. Elle est remplie de préjugés et de prêts-à-penser ou  de présupposés-savoirs (cf. lacan). 

Ces formations distribuent une « légitimité » dans l’exercice d’une forme de pouvoir de domination sans jamais s’interroger sur cette domination (de plus rémunérée) indigne d’une société qui se targue de protéger les enfants.

Il faudrait  générer une intelligence collective et parler de la place  de l’argent dans le placement familial. Le « lien d’attachement » de l’assistant familial est fondé sur un salaire: elle gagne sa vie avec la prise en charge de l’enfant. « Child is money » dans ce système. Et plus l’enfant « manifeste » des troubles, plus les primes de l’assistant familial augmentent.

Où sont les cadres des conseils généraux et des autres institutions qui questionnent ce cercle vicieux établi entre les troubles de l’enfant et la rémunération des assistants familiaux ? Et si les conseils généraux établissaient des primes en fonction de l’ouverture au monde de l’enfant, de son bien-être?  Et des nouvelles expériences portées par les professionnels dans la vie ordinaire de l’enfant dans son réseau de parenté, dans sa scolarité et sa santé (au sens donnée à ce mot par l’OMS) ?

2. Et pour le devenir des enfants, nous en sommes où ? Quels sont les feed-back des anciens placés qui améliorent, modifient les pratiques professionnelles et les organisations? Combien de Conseils généraux (CG) intègre la parole des anciens placés lorsqu’ils refont leur schéma ?  Combien d’élus ont commandité des études pour savoir quel devenir pour les enfants qui ont bénéficié d’investissements matériels et immatériels importants de la part de leur CG ?

Les études françaises et canadiennes mettent en garde contre la «solution»  du placement d’enfant qui devrait rester un des moyens et non pas une fin comme aujourd’hui, une fin que l’on pose « quand tout le reste a été tenté ».  Ils ‘agit aussi de déconstruire très rapidement le prolongement du placement sous prétexte que l’enfant s’est « habitué » à son institutionnalisation, à savoir au lieu de placement. Récemment, l’INED indique que “des études nord-américaines ont montré que le placement durant la jeunesse se trouve associé à des difficultés sociales à l’âge adulte (Herman et al., 1994 ; Koegel et al., 1995 ; Mangine et al., 1990 ; Zlotnick et al., 1998), ce que confirment des observations en France, en particulier dans le cas des jeunes (de Gouy, 1996 ; Frechon, 2001 ; Marpsat et Firidon, 2001). L’interrogation porte donc sur le lien possible entre le placement durant l’enfance et une vulnérabilité particulière de ces jeunes «placés» devenus adultes. Firidon (INED) met en évidence que dans la population des SDF, les anciens placés dans le cadre de leur protection en tant qu’enfant son sur-représentés. Cette situation ne s’explique pas par les motifs qui ont conduit à leur placement, car les compétences et les potentialités, voir les processus de résilience, se développent chez des enfants victimes des guerres (Rawanda, Siéra Léone, l’ex-Yougoslavie).

Les traumatismes de l’enfance n’empêchent pas le développement et l’insertion sociale, à condition que les méthodes de prise en charge et les discours utilisés dans la construction de l’histoire et de l’identité de l’enfant portent une réelle contribution ouverte sur se vie présente et sur son avenir. Tant que l’on gardera les référentiels et méthodologies en place  qui standardisent les représentations de l’enfant et de sa famille dans un champ rempli de propos psycho-pathologiques et d’adjectifs discriminants, marqueurs négatifs de sa vie et de son identité, il est difficilement envisageable de parler d’innovation ou de changement de paradigme en protection de l’enfance. Il est nécessaire que la protection de l’enfance soit réellement construite et ajustée pour assurer le développement de l’enfant et son inscription dans la vie ordinaire. Et que ces acquis de l’enfant soit relié aux méthodes et aux discours institutionnels qui l’entourent et le « bombardent ».

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A propos artefa

directrice d'Artefa, anthropologue, écrivain, traductrice
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