Construire la préoccupation pour l’enfant exige d’inventer le vivre-ensemble en protection de l’enfance

Note: ce document est l’ébauche d’une pensée mise en mouvement collectivement dans plusieurs départements. Nous vous conseillons d’imprimer nos articles et de les lire à plusieurs et de nous faire des retours. Nous sommes en capacité de prendre en compte vos questions et attentes.

I. Inventer l’enfant en protection de l’enfance
La hiérarchie des lois impose à la France d’adapter ses lois internes au droit international. Du moment où la France a ratifié un code ou une loi internationale, elle se doit de l’appliquer en priorité, même si les lois internes sont parfois en contradiction avec ces lois internationales. Or, les politiques territoriales et nationales de la protection de l’enfance font rarement référence au droit international  (dont les Droits de l’homme) et très modestement (sur le mode incantatoire) à la CIDE. Ce manquement touche également la prise en compte de la Constitution française, notamment le respect absolu de la présomption d’innocence concernant les parents et les enfants.

En terme anthropologique et du droit positif, en protection de l’enfance, l’enfant n’existe pas, il est construit uniquement du côté des dangers, risques, troubles, symptômes, déviances, délinquance, etc. par un discours performatif qui finit par modeler l’identité de l’enfant sur ces canevas destructeurs de son devenir ordinaire. L’enfant ordinaire est un domaine impensé en protection de l’enfance comme le droit de l’enfant à … l’enfance.
Depuis deux siècles les sciences humaines, la philosophie du droit et le droit sont marginalisés dans le travail social et médico-social pour laisser la place à la « pensée unique » ou à l’idéologie chargée de soupçon, de discrimination et de négativité ou de négativisme qui nient la violence de ces « théories » dirigée contre le processus de symbolisation nécessaire dans toute construction identifier humaine. Or, les discours performatifs et les postulats des experts exercent une fascination (par exemple l’engouement pour la théorie de l’attachement, pour ne citer que la dernière « évangélisation » en date) auprès de nombreux travailleurs sociaux. Ces « théories » forment une monoculture car elles sont toutes construites sur le même canevas simpliste, linéaire, niant l’histoire et le devenir: elles imposent le destin ou la fatalité dans les familles prises pour cibles sur plusieurs générations: « tout se joue avant sept ans », « tel père, tel fils » ainsi que la fleurissant commerce de catégories négatives dans lesquelles sont institués les enfants dès les premiers mois de « prise en charge », la notion d’échec appliquée à leur vie homme s’il s’agissait d’une quelconque matière scolaire du 3ème, la croyance d’une reproduction par le sang ou par le biologique du destin destructeur bloquent l’accès de l’enfant à la dignité et à la reconnaissance en terme de droit de l’homme en protection de l’enfance. On peut même affirmer sans se tromper qu’un nombre croissant de magistrats des Tribunaux pour enfant, dans leurs pratiques et dans leurs ordonnances écrites – que nous avons eu l’occasion de lire dans une cinquantaine de département, – cautionnent l’institutionnalisation du non-droit pour de nombreux enfants et leurs parents. Le non-droit commence par la présomption de culpabilité qui casse un des socles fondateurs de notre Constitution : l’espace civil d’exercice de droits fondamentaux dont la présomption d’innocence, l’accès au débat contradictoire, le droit d’être entendu et d’avoir une approche impartiale et bienveillant lors d’une audience. Puis, le droit de contester la décision du juge: ce droit est réduit à la stigmatisation car les arpents qui osent contester une décision du juge pour enfants sont affublés de l’étiquette « procéduriers ». l’accès aux droits ne se fait pas une fois par an, lors d’une manifestation publicitaire portée par les institutions, mais dans les rapports courants entre les citoyens et l’administration.

Depuis cent ans, les enfants sont « observés » et attrapés dans le filet des prédictions négatives, des postulats qui chargent leur identité de symptômes, troubles, déviances. Ces même postulats les condamnent à « reproduire » les malheurs dont ils ont été victimes, comme si les nombreuses interventions pleines de compétences ne génèrent en rien une nouvelle intelligence dans laquelle l’enfant pourrait grandir autrement et devenir un être singulier et non pas le clone monstrueux de ses parents « biologiques ».

Nous sommes toujours étonnés d’entendre des propos professionnels et de lire des documents dans la protection de l’enfance où la culture est réduite à une affaire de contamination biologique, de sang, voir de contamination bestiale (« ils fonctionnent en famille comme une meute de loups » affirme un chef de service en pleine réunion regroupant une dizaine d’intervenants dans la famille). Les adjectifs et les métaphores disqualifiants, méprisants le minimum de respect humain sont légion dans les écrits professionnels et composent un code véhiculant les croyances et les dogmes scientistes.
C’est aux responsables, aux cadres de la protection de l’enfance de se poser la question « quels effets produisent les discours et les écrits des professionnels dans le devenir de l’enfant? ».
Comment sont mis en œuvre les obligations positives et la responsabilité des institutions pour générer pour l’enfant une culture de la transmission qui viennent compléter, modifier, enrichir ce que la famille a pu ou pas lui transmettre et qui le sort de l’amiante de guerre et de haine qui règne entre les professionnels et les parents réduits à des objets nuisibles ou des « causes » de l’intervention musclée des institutions dans leur vie privée.

Bien sûr que les formations des travailleurs sociaux sont à mettre sérieusement en cause, même si les lobbying des organisations et les quelques personnes qui règnent en mandarins sur ce secteur ont toujours vérouillé un changement de fond dans la formation tant dans leur contenu que dans les rapports aux terrains. il exige une élite de pseudo-scientifiques dits « formateurs » qui ont leur fauteuil de fonctionnaire et qui font de la formation une bureaucratie de distribution de stéréotypes de langage et de représentations remplies de confusion (par exemple, la confusion entre un postulat et la vérité).

Et puis, sous cette caste de formateurs-bureaucrates se trouvent une magma de professionnels qui travaillent et qui sont censés initier sur le terrain les futurs professionnels lors de leur stage. Mais là encore, aucune créativité collective concernant la transmission et l’innovation que les jeunes professionnels pourraient initier pour dépasser les actuels schémas qui touchent à leur fin, des schémas idéologiques totalement inopérants et absurdes qui aggravent les situations des enfants, les compliquent et les rendent encore plus troubles. Des schémas flous remplis de bouts de croyances, de mythes, de peurs et surtout qui inculquent d’emblée dans les postures professionnelles des jeunes un rapport négatif contre les parents dés qu’ils arrivent en protection de l’enfance.

La logique n’a pas changé depuis deux cents ans (même si les emballages ont changé): cette logique accule les familles à une condition « zoologique » ou d’objet à observer comme si les interactions entre l’observateur et l’objet observé n’existe pas. le parent est un meuble et la famille un « engin ». Et la vie  l’enfance est réduit à un « parcours » balisé par les institutions : dans ce parcours tout est tracé. L’enfant passe d’une condition de « mineur à protéger » vers une seule bifurcation:
– « troubles de comportements », formule magique qui fait de l’enfant une niche à symptômes, puis il est acheminé vers une catégorie de maladie mentale qui commence par son enfermement dans le  jargon pseudo-psychologique et les actions de sanction et de détermination de son identité, processus violent et  gardé « invisible » qui fait le travail quotidien des travailleurs sociaux et des magistrats…puis une identité de handicapé à vie;
– prédélinquant – délinquant et de là nous allons trouver toute une population qui vient grossir les SDF, les personnes désafiliées (cf. R Castel) aux identités meurtries qui n’ont jamais connu une vie et une reconnaissance ordinaire, normale, jamais appris à vivre tout simplement comme tout le monde.

Les rares personnes qui échappent à cette « fabrique » ont développé uns sorte de « syndrome de Stockholm » par rapport aux institutions : ils ne s’autorisent que rarement de prendre du recul et de critiquer les fondamentaux de ce système. La plupart veut oublier et tente d’effacer ce « passée destructeur d’avenir » comme disait une des personnes que j’ai rencontrée. Il peut aller jusque’ à changer de nom pour éviter d’être affublé par le marqueur identité destructeur provoqué par son placement. Ceux qui « témoignent » se sont assujetti aux choses qu’ils ont entendu pendant des années contre leurs parents: oui, tout est de la faute de leur parent et d’ailleurs, il faudrait que le placement arrive plus tôt, si possible depuis qu’ils ne sont même pas nés. Je ne caricature pas, hélas! Une étude pseudo-scientifique que j’ai entre les mains a été financé pour démontrer cette « vérité »! Ces études pseudo-scientiiques constituent la majorité des études qui font aujourd’hui office de « saint-esprit » pour installer le dogme de la vérité non-interrogeable en protection de l’enfance. Elles sont calquées sur le modèle des études financées par les fabricants des médicaments dans le domaine pharmaceutique.

Les travailleurs sociaux sont eux-mêmes porteurs de ce langage de « vérité et peuvent même allaient mal si lors d’une formation on les engage à faire un pas de côté et à critique de cette culture qui détruit les structures élémentaires de l’identité ordinaire nécessaire à tout enfant, comme, par exemple, la destruction des structures de parenté et de filiation de l’enfant.

II. Le stigmate d’ancien enfant placé

La stigmatisation des enfants par la protection de l’enfance est visible lorsqu’on rencontre des adules qui deviennent à leur tour parents et qui sont signalés plus  rapidement, car le critère « ancien enfant placé » agit comme une tare ou un marqueur identitaire négatif. Cette absurdité est due au télescopage entre une possible approche scientifique recouverte de croyances négatives  dissimulées par un scientisme agressif qui ne supporte pas la critique ou le pas de côté. Au lieu de retourner la protection contre l’adulte quant il devient parent, il faudrait se demander qu’est-ce que les professionnels ont transmis à cet enfant, où sont passé les projets, les réunions de synthèse, les innombrables intervenants bardés de savoirs qui l’ont « pris en charge », qu’en est-il des théories et des pratiques d’éducation, d’apprentissage prodiguées à l’enfant par des personnes qui non seulement sont paysa passé en contact régulier avec les professionnels. Quel rôle éducatif ont-ils jouer? Quels sont les effets de leurs multiples compétences dans la formation et le développement de l’identité de l’enfant? Autrement dit, les travailleurs sociaux devraient être rassurés et même contente qu’un « ancien protégé » devient à son tour parent.
La société civile est exclut et remplacée par des liens salariaux qui font que nombreux enfants ne connaissent pas la vie en société au-delà de leur domicile qui est le lieu d’intervention massive des travailleurs sociaux. Ils sont même « assignés » en placement à domicile, ce qui est une imitation « light » de l’assignation à résidence des détenus politiques dans d’autres pays. Tout se passe comme si la démocratie et le république demeurent aux portes de la protection de l’enfance.

III. Inventer l’intérêt supérieur de l’enfant

Un pilier de l’approche créative portée par ARTEFA : l’intérêt supérieur de l’enfant. Il ne peut pas être « hors sol », séparé et isolé de son identité et de son environnement familial et social ordinaire.
L’enfance ne se réduit pas à un parcours institutionnalisé de l’enfant, balisé par les grilles négatives, stigmatisantes son identité: grilles qui fabriquent et figent l’identité de l’enfant dans les défaillances, troubles, dangers, risques, liens toxiques, ambiance incestueuse, échecs, retards, incapacités, etc.
Ce choix d’approche est lourde de conséquences sur l’identité de l’enfant et du jeune. La répétition de cette approche négative renforce une logique de culpabilisation et de sanction des parents et des enfants.  Et du côté des travailleurs sociaux, cela leur revient comme un boomerang : à force de reproduire un regard négatif et des grilles d’analyse enfermant les familles dans les soupçons et les prédictions négatives (où le mot « capacités » est utilisée dans sa forme de négative = « incapacité ») les travailleurs sociaux portent sur eux-mêmes un regard dévalorisant. La perte de sens de cette approche veille de cent ans engendre aussi une perte de sens de leur métier.

IV. La responsabilité des choix théoriques et pratiques faites en protection de l’enfance

depuis cent ans, ce domaine reproduit une approche stigmatisante les enfants dès par leur naissance, des par une approche où le bio-pouvoir soutenue par la psychologie triomphe en tant qu’idéologie (la dernière en date de cette reproduction est l’idéologie de l’attachement).

Le « mur de Berlin » entre l’environnement familial-social nécessaire autant au développement de l’enfant qu’à la transmission du vivre-ensemble, d’une part, et, d’autre part, le parcours institutionnalisé de l’enfant est attesté par le fait que le PROJET POUR L’ENFANT consiste à remplir un formulaire sans que les fondamentaux des rapports parents/professionnels changent. Il s’agit d’un document « technique » et administratif rempli par les professionnels et que les parents sont convoqués pour le signer. Ainsi, « faire venir » les parents met à l’épreuve les pratiques professionnelles dans leur grande majorité. Ce qui n’est pas conforme avec la formulation et l’esprit de la loi qui exige une coopération positive centrée sur lenfant, une coopération réciproque – d’égal à égal – entre les parents et les professionnels.
ARTEFA propose de porter le changement de logique ou de culture dans la protection de l’enfance et dans les politiques sociales et familiales avec les apports des sciences humaines et du droit. Elle propose « un pas de côté » et sa mise en pratique rapide (au bout de la première étape d’une recherche-action qui inclut un volet formation).
au coeur de l’anthropologie et du droit:

V. Le vecteur du changement : l’éducation des enfants

Le changement de théories et de pratiques dans la politique de l’éducation de l’enfant suivant la culture du projet pour l’enfant lorsque les services sociaux interviennent.
Cf. l’art. 29 de la Convention des Nations Unies des Droits de l’Enfant clarifie les objectifs de l’éducation qui doit viser à :
a) Favoriser l’épanouissement de la personnalité de l’enfant et le développement de ses dons et de ses aptitudes mentales et physiques, dans toute la mesure de leurs potentialités;
b) Inculquer à l’enfant le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et des principes consacrés dans la Charte des Nations Unies ;
c) Inculquer à l’enfant le respect de ses parents, de son identité, de sa langue et de ses valeurs culturelles, ainsi que le respect des valeurs nationales du pays dans lequel il vit, du pays duquel il peut être originaire et des civilisations différentes de la sienne ;
d) Préparer l’enfant à assumer les responsabilités de la vie dans une société libre, dans un esprit de compréhension, de paix, de tolérance, d’égalité entre les sexes et d’amitié entre tous les peuples et groupes ethniques, nationaux et religieux, et avec les personnes d’origine autochtone ;
e) Inculquer à l’enfant le respect du milieu naturel.
VI. L’évaluation des informations préoccupantes dans la culture du projet pour l’enfant

Concernant l’évaluation de informations préoccupantes, Artefa définit ce processus par une méthodologie utilisée pour parvenir à élaborer avec l’autorité parentale quelle est sa propre préoccupation et croiser cette préoccupation pour le développement de l’enfant et son avenir avec celles des professionnels. Cette méthode exige de mettre une limite à la procédure policière-pénale utilisée hors du champ pénal, dans l’action sociale par les travailleurs sociaux. Si cette logique de contrôle qui est une forme implicite de déclaration de guerre continue, force est de constater qu’elle ne correspond en rein aux principes de la Constitution française, sans parler de l’éthique et des Droits de l’hommes, et de la CIDE.
L’évaluation est une prestation au service de la famille et l’ensemble des textes législatifs la situent dans ce champ d’action sociale. Or, dans l’état actuel des choses, la procédure – en commençant avec le premier courrier adressé aux parents – est une démarche très violente qui assimile les parents à des potentiels malfaiteurs, individus dangeureux pour leurs enfants. Cette logique fausse complètement la démocratie en protection de l’enfance et introduit une violence totalement inutile qui ne permet en aucun cas d’effectuer une évaluation pertinente dans le respect des citoyens et des enfants.
Il s’agit d’évaluer la situation de l’enfant dans sa globalité en croisant de deux grands axes:
les domaines du développement de l’enfant prévus par la loi qui nécessite d’aborder les relations entre l’école et les parents, les préoccupations des parents concernant la scolarité, la santé, la socialisation de leur enfant;
les éventuels faits constatés d’une manière précises dans les interactions ou les propos des parents en direction de leur enfant à condition de bien les situer dans le contexte. cela exige d’écarter la confusion entre les faits et les « effets »: un bleu sur la peau d’un enfant est l’effet d’une situation complexe. De même, l’absentéisme scolaire est un effet d’un contexte complexe dans lequel l’école a sa responsabilité qu’elle doit assumer. Notamment concernant les méthodes de respect de l’autorité parentale à l’école qui a été mises en place avec la famille.
La préoccupation est celle du parent et l’évaluation aide le parent à se centrer sur le développement et l’avenir de son enfant. pour cela les travailleurs sociaux doivent faire le choix de nouvelles méthodes et repères d’intelligence qu’ils seraient à me^me de transférer dans l’élaboration de la préoccupation du parent pour son enfant. La préoccupation du parent a la même valeur que celle de l’Education nationale (pour ne donner que cet exemple, car cette institution est le premier pourvoyeur des « IP » surtout avant les vacances scolaires).
le parent est respecté et accompagné dans la dignité afin qu’il soit mis en situation lui permettant d’assumer sa responsabilité. La violence contenue dans les courriers et les méthodes d’intervention sont souvent loin la culture citoyenne de la dignité nécessaire pour l’exercice de l’autorité parentale.

VII. Un enjeu majeur de la démocratie: la dignité des personnes en protection de l’enfance

Commençons par dire que l’opposition forcée ente les droits des arpents et les droits des enfants rend impossible tout changement et enferme les travailleurs sociaux dans une toute-puissance destructrice du vivre-ensemble. Les parents n’ont pas de droits mais ils sont désignés par la république pour exercer les droits de leur enfant mineur. Une partie de ces droit de l’enfant sont donc exercés par les arpents comme le droit de ‘l’enfant de rentrer chez lui en cas de placement provisoire ou le droit de voir sa famille, ou le droit de vivre chez lui, etc.). une autre partie des droits de ‘l’enfant sont exercés par les représentants de la société, de l’Etat (éducation nationale, par exemple, la CAF, etc.) et par les collectivités territoriale ou airs par le Tribunal de grande instance. Mais le parent ne peut dont aucunement exercé les droits « hors sol ». Il ne peut les exceller non plus s’il n’y pas une reconnaissance digne et ordinaire de son rôle positif de parent auprès de son enfant, de sorte que l’enfant puisse expérimenté que son parent est respecté et dans le cadre de ce respect de sa dignité, il doit rendre compte de ses actes et paroles portés vers et pour l’enfant. Notamment, c’est le parent qui doit se préoccuper de l’accès à la parole avec les institutions de son enfant. Mais sur la place et la parole de ‘l’enfant trop souvent instrumentalisés par les institutions, nous parlerons dans un autre article.

VIII. Le décret d’application du 7 novembre 2013

Il donne les axes qui exige que le Conseil général reformule les « informations brutes » en conformité avec le droit et la dignité des personnes:
« Art. R. 226-2-2.- L’information préoccupante est une information transmise à la cellule départementale mentionnée au deuxième alinéa de l’article L. 226-3 pour alerter le président du conseil général sur la situation d’un mineur, bénéficiant ou non d’un accompagnement, pouvant laisser craindre que sa santé, sa sécurité ou sa moralité sont en danger ou en risque de l’être ou que les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises ou en risque de l’être. »
« La finalité de cette transmission est d’évaluer la situation d’un mineur et de déterminer les actions de protection et d’aide dont ce mineur et sa famille peuvent bénéficier. »
Dans aucun de ces textes la présomption de culpabilité des parents comme « cause » négative d’un éventuel danger n’est pas formulée et pour cause: le Conseil général se doit de remplir ses obligations positives en associant les parents dans leur statut de citoyen et non pas de présumés coupables.
Le Décret du 7 novembre 2013 continue ainsi:
« Art. R. 221-5-1.-Dans le cas où le mineur est concerné par une information préoccupante en cours de traitement ou d’évaluation, le président du conseil général du département d’origine informe les parents ou les représentants légaux de ce mineur de la procédure de transmission d’informations qu’il engage avec le département d’accueil et de ses implications sur le traitement ou l’évaluation en cours.
« Art. R. 221-5-2.-I. ― Dans le cas où le mineur est concerné par une prestation administrative d’aide sociale à l’enfance en cours de réalisation, hors aide financière, le président du conseil général du département d’origine informe les parents ou les représentants légaux du mineur de la procédure de transmission d’informations et recueille leur accord écrit avant d’engager cette procédure.
II. ― En l’absence de cet accord, le président du conseil général du département d’origine évalue si l’interruption de cette prestation met en danger ou risque de mettre en danger le mineur concerné. »
Il est à remarquer que l’autorité parentale est informée sans exception dans ces cas. De plus, elle située au même niveau que l’autorité du Président du Conseil général, ce qui implique le respect effectif manifesté par les travailleurs sociaux dans leurs courriers, appels téléphoniques et contacts directes avec les parents.
Autrement dit, la procédure et les méthodes utilisées par les professionnels devrait rendre lisible le même respect de l’autorité parentale que celui manifesté devant l’élu à la présidence d’un Département.

IX. Un pas de côté

Suivons, cette piste innovante qui nous a été donnée par l’incitation suivante: « Osons formuler des questions impertinentes » (cf. Patrick Kanner, Ministre de la Ville, de la jeunesse et des Sports et ancien Président du CG du Nord)

Plusieurs observations questionnantes :
nous constatons un grand écart entre les textes politiques et législatifs et le choix des théories et grilles d’interprétation utilisés pour la mise en pratique de la politique de protection de l’enfance en commençant par l’évaluation des IP. Cet écart semble le « point aveugle » qui persiste malgré les formations et les analyses de pratiques. Peut-être que le fossé creusé entre les politiques et leur mise en œuvre en fonction des choix théoriques et idéologiques propres au travail social est même aggravé par les formations qui sont faite dans une culture « consanguine » du Même, entre soi. La pauvreté et le peu d’ouverture vers d’autres apports des sciences humaines nécessaires pour modifier les fondamentaux et d’introduire une culture du vivre-ensemble est évidente: la philosophie abordant la question de l’ontologie humaine, l’épistémologie, la philosophie de l’action, la phénoménologie, les sciences du langage, la sociologie pragmatique, l’anthropologie politique, la philosophie du droit, les sciences économiques dont l’économie solidaire, etc. sont absents des formations des travailleurs sociaux ou alors réduits à des coquilles vides ou remplis par les mêmes approches pscyho-pathologiques ou biologistes qui ne font que consolider les confusions et les télescopages dans l’analyse des phénomènes complexes à l’oeuvre dans la vie des personnes. Le travailleur social véhicule souvent les mêmes représentations qu’un journal vendu dans une gare ou qu’une émission populiste à la télévision. Cela questionne lorsque nous lisons les rapports écrits des travailleurs sociaux.

Vu le nombre d’intervenants et le temps passé à observer et à intervenir dans la vie de l’enfant et de sa famille comment se fait-il que les cadres et les professionnels ne se dotent pas de méthodes d’évaluation des effets générés par leurs théories et interventions sur le devenir de l’enfant et dans la construction de son identité ?

Et aussi évaluer comment nous avons bâti le domaine politique de la parentalité ?

Pourquoi maintenir les clivages des dispositifs et des mesures qui produisent un « découpage » des personnes et une logique de pénalisation (Deux exemples: 1. la judiciarisation est une « déclaration de guerre faite à la famille » dit Alain Bruel et 2. le placement arrive « quand tout a échoué » ou « comme l’épée de Damocles qui tombe ») ?

Pourquoi ne pas repenser la prévention pour modifier les pratiques professionnelles et inscrire la protection de l’enfance dans le droit commun ?
Il n’est pas rare que dans le contrat RSA la personne évoque son objectif d’éduquer ses enfants, mais aussi ses difficultés relationnelles avec les enseignants, fonctionnaires de l’Education nationale, ses difficultés de concilier sa propre lutte pour la survie avec l’éducation de ses enfants, etc.

– Pourquoi maintenir la linéarité négative des mesures ASE, au lieu de porter une pensée collective de la circulation intelligente de l’enfant entre son réseau de parenté, l’environnement social et les institutions de la protection de l’enfance dans la cité ?

Quelles sont les modes d’apprentissage social et les méthodes de transférabilité de nos savoirs, normes et discours dans le développement réel de l’enfant ?

Et quelles sont les outils innovants de reconnaissance du réseau de parenté et les expériences professionnelles dans le domaine du « vivre-ensemble » qui modifient la vie de l’enfant grâce à la politique d’intervention du CG et de ses partenaires ? Par exemple: quelles sont les nouvelles expériences initiées avec les compétences des professionnelles lors de l’intervention dans la vie privée au domicile de l’enfant qui enrichit la dignité et la confiance entre les membres du réseau de parenté et qui apaisent et consolident leur vie familiale ?

Pourquoi prolonger les mesures sans évaluer les objectifs clairement fixés pour l’éducateur ou la TISF? L’évaluation est un droit de l’autorité parentale et doit favoriser son accès à la dignité et à l’égalité avec le professionnel.

Qui et comment établit le rapport entre les objectifs formulés clairement et les réalisations accomplies avec le temps et les compétences professionnelles investis dans la vie privée d’une famille pour créer la dignité et le discernement avec l’autorité parentale?
Quelles sont les innovations en terme d’alliance éducative nécessaire au développement de l’enfant et que disent les parents et les autres membres de la famille ?
quelles approches innovantes de la fratrie en terme d’apprentissage social du vivre-ensemble (loin des discours cristallisés sur la rivalité, la parentification, etc.)?

Quelle créativité sociale ici et maintenant pour écrire une nouvelle page d’histoire dans la vie de l’enfant grâce aux rencontres entre l’autorité des professionnels et l’autorité parentale?

De quoi sont auteurs les professionnels qui entrent dans la vie de l’enfant ?

– Quelle est la plus-value politique pour le futur citoyen en contact avec les compétences professionnelles ?

De quelle histoire PRESENTE sommes-nous auteurs pour l’enfant et son devenir de citoyen?

Exemple de parole d’enfant:

 » – La visite médiatisée est comme un film. On a la bande d’annonce et jamais le film. »

Comment inventer des nouvelles expériences pour l’enfant avec un accompagnement de l’autorité parentale si nous restons arc-butés sur les « motifs de l’intervention » qui sont chargés d’adjectifs négatifs/stigmatisants ?

X. Les passerelle d’ouverture vers la culture du projet

Le projet pour l’enfant est possible uniquement si nous construisons le passage d’une culture de la négativité vers une culture ou une anthropologie du projet pour l’enfant.

La culture actuelle peut faire une place à l’innovation d’une culture de projet pour l’enfant depuis la premier acte d’évaluation des informations préoccupantes.

Si un CG décide de constituer une équipe dédiée et un Cellule de recueil et d’évaluation des IP, cette « spécialisation » doit être une locomotive du changement de culture

Ce changement doit être irriguer par la formation-action innovante des cadres dans l’ensemble des services et à toutes les échelles de la pyramide. L’accompagnement au changement exige de renouveler les apports des sciences humaines et du droit dans le « sac à dos » des cadres et de ceux qui sont responsables de la mise en œuvre de la politique dans le département dont fait partie l’évaluation des IP.

Processus de changement suivant les principes de la République, des Droits de l’homme et de la CIDE
(égalité, légalité, réciprocité, présomption d’innocence, débat contradictoire, intérêt supérieur de l’enfant incluant son droit de vivre dans sa famille et dans son environnement social propice à son éducation et à une enfance ordinaire)

le passage d’une « matière » d’information brute formulée sous l’angle de la négativité arrive au CG. Elle doit être transformée suivant une nouvelle méthodologie et référentiel en une « problématique » favorisant la lisibilité de la dignité des personnes et du débat contradictoire d’égal à égal entre l’autorité parentale et l’autorité du CG.

Il n’y a pas de construction de la responsabilité sans l’expérience de la dignité humaine des citoyens dans leurs relations au service public.

Il n’y a pas lieu d’opposer droits des parents aux droits de l’enfant, car le parent n’a pas de droit en soi, il ne fait qu’exercer – si les conditions sont réunies pour l’exercice effectif – les droits de son enfant mineur. Comment s’articule d’une manière intelligente l’exercice des droits de l’enfant entre les puissances institutionnelles et les parents ?

Il n’y a pas lieu de rabattre la colonne vertébrale de l’identité de l’enfant aux théories à la mode dans l’ASE. Il s’agit de poser l’obligation positive des institutions à respecter l’identité de l’enfant constituée d’une colonne vertébrale inestimable et irremplaçable. Elle assure la reconnaissance de l’enfant en tant que personne et futur citoyen dans la culture. Elle marque aussi la séparation entre son identité humaine et son « bagage » biologique. Il s’agit de la filiation.
La filiation est l’institution fondatrice de la reconnaissance de l’enfant dans la grande « famille » des êtres humains. L’auteur de cette filiation effectue un acte volontaire de reconnaissance. l’auteur est comme Rimbaud qui demeure pour toujours l’auteur d’un poème connu dans le monde entier. personne ne conteste sa qualité d’auteur en fonction de son comportement ou en fonction des normes utilisées pour parler de danger ou de risque.

L’auteur de la filiation de l’enfant, colonne vertébrale de son identité, reçoit le nom de parent qui lui est donné par les puissance publiques de la société.

XI. Les mouvements de changement accompagnés par ARTEFA

Plusieurs mouvements sont possibles avec les apports des sciences humaines et du droit:

– décrocher la construction de l’autorité parentale et de la responsabilité du passé des parents qui sont vu sous l’angle des éventuels faits de maltraitance, du danger et de l’idéologie du lien. Cette approche met en échec la construction effective de l’autorité parentale en protection de l’enfance.
Les « motifs négatifs » invoqués pour intervenir produisent un effet de stigmatisation et de désaffiliation dans l’identité de l’enfant.
tenir compte de la force instituante des professionnels qui ont la possibilité de débuter un commencement de l’histoire d’une famille et d’inscrire la famille dans la cité, dans le vivre-ensemble au lieu de générer un renouvellement des mesures focalisées sur l’approche négative fondé sur des normes qui éloignent les parents et isole l’enfant de son environnement familial et social.

– séparer clairement la conjugalité de la parentalité

– acquérir de nouvelles références en matière de droit et dans leur approche de l’environnement familial et social afin d’appréhender ce qui est le droit de l’enfant à une enfance ordinaire et le droit des parents d’être réellement reconnus et instituer dans le champ de l’autorité qui est un concept pluriel (autoritéS).

La vie ordinaire de l’enfant doit être distinguée de l’institution ou de l’institutionnalisation subie par l’enfant tant au cours des interventions professionnelles que lors de son placement en foyer ou placement familial.

L’environnement familial revêt au sens anthropologique
=
réseau de parenté : famille élargie, mais aussi toute personne avec qui l’enfant grandit

= fratrie et structures de germanité (cousins) deux structures nécessaires lors du renouvellement des liens sociaux tissés entre les jeunes générations
II. Le droit à l’enfance doit être affirmée dans la protection de l’enfance car l’institutionnalisation de l’enfant n’assure pas les conditions propices à l’acquisition des capacités et des savoir-vivre propres à la vie ordinaire dans la société civile.

(à suive)

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A propos artefa

directrice d'Artefa, anthropologue, écrivain, traductrice
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