« Changer pour ne rien changer ? »

La logique militarisée remplacera-t-elle définitivement LA politique de l’éducation nationale, de la protection de l’enfance et de la jeunesse et laissera mourir cette belle « endormie » assommée par le gouvernement de Sarkozy qui est La Protection Judiciaire (eh oui!) de la Jeunesse (PJJ) ?

Le renouveau des prisons a été entamé courageusement par l’équipe de Toubira mais les mêmes Français et une grande partie des élus qui défilent aujourd’hui ont tiré sur la Ministre à coup de bazookas.

Quel élan créatif et quel mouvement innovant national ont porté l’adaptation du mastodonte « éducation nationale » aux rythmes de l’enfant? Quels nouveaux projets et partenariats ont vu le jour à partir de ce changeant du rythme scolaire? Combien d’artistes ont été conviés ans les groupes de travail afin de créer un nouveau rouet éducatif pour les enfants qui ne resteront plus confinés dans les salles de classe toute la journée? Combien de projets à résonance nationale ont vu le jour dans les quartiers, là où les enfants commencent très jeunes de subir le lavage de cerveau dans les espaces publics désertés par les institutions et la société civile française et où ceux qui assurent la socialisation des enfants le font suivant la loi du plus fort, mais aussi en leur apportant un espoir démesuré et la promesse de devenir des héros ou des martyres.

Car le principe de l’espoir comme celui de LIBERTE sont laissés en jachère depuis des décennies dans les politiques françaises de l’enfance et de l’adolescence, end revanche les usines qui fabriquent des exclusions, des troubles de comportements et de la violence sont fleurissantes. Et la lutte contre la délinquance, la loi de mars 2006 (une des premières votées par le gouvernement Sarkozy) cette loi engloutit des millions et donnent quoi? Quelles évaluations des théories et méthodes utilisées et de leurs effets ? Je suis bien placée pour en parler car avec ARTEFA nous avons essayé dès 2006 d’introduire des méthodes d’action innovante (oui, oui!), fondée sur l’anthropologie et la philosophie, une anthropologie de projet et une approche par le droit des personnes dont leur droit à l’expression, qui devraient être mise en œuvre en amont du discours focalisé sur leurs devoirs et leurs exclusions.

Et où sont les ascenseurs sociaux dont parle Robert Castel? Qui tire les jeunes vers le haut et cesse de se voiler la face avec le slogan « les parents, premiers éducateurs », alors que la plupart de ces parents sont eux-mêmes stigmatisés et exclus! Nous avons mené une recherche-action (très mal vue en France pays où l’on clive les labos de recherche de la « masse » des professionnels de terrain) dans plusieurs villes dont Marseille, Jeumont (59), Lyon, Ermont (l’Oise), Clermont, Strasbourg, mais nous n’avons pas pu dépasser les réunions « consanguines » entre des professionnels et politiques qui maitrisent mieux le discours « type TV » que les méthodes créatives d’action et la volonté de faire avec la population. Les plus mobilisés et les plus créatifs a été une poignée de jeunes qui n’allaient plus à l’école ou qui cherchaient en vain du travail.

Nous sommes allés les chercher nous-mêmes dans les rues des quartiers, dans les squats. Les réaction des travailleurs sociaux et des élus vis-à-vis de ces jeunes étaient empreinte de méfiance, de rejet, de soupçon qui leur faisaient violence, mais cette violence-là étant toujours légitimée par les discours demeurait intouchable. En revanche, les réactions de jeunes étaient toujours analysées comme de l’agressivité, de l’incapacité, de l’incompréhension, de la démission, de l’échec. toutes les grilles dominantes le travail social renvoient un jugement négatif qui « colle » à la peau de la personne et le rend « malade ». Les professionnels ont tendance de prolonger une logique de notation et de parler d’échec quand il s’agit de la vie des jeunes et non pas d’une matière enseignée en classe.

Les travailleurs sociaux sont formés pour se sentir malmenés, victimes de leur propre institution. Les jeunes se retrouvent devant ces professionnels qui représentent la force instituante, les structures propres à notre Etat et qu’est-ce qu’ils découvrent? le vent, le sable, la « mise à l’épreuve » bureaucratique et une pauvreté de soutien et d’échange intelligent. La plupart des travailleurs sociaux sont enlisés dans les discours psycho-pathologiques et ne font rien d’autres que d’observer, produire des jugements de valeur ou des formules stéréotypes (un jargon et des sigles qui fonctionnent comme un murmure de borborygmes) dans des innombrables réunions, remplir des formulaires inutiles et sanctionner, générant ce que l’on appelle la « violence légitime ». Tant que leur formation n’est pas modifiée en profondeur avec une évaluation claire des contenus des cours et des méthodes pédagogiques utilisées, et de la cohérence entre les cours, il est inutile de se plaindre qu’il n’y a pas assez de moyen. Mais aujourd’hui, la formation des travailleurs sociaux au niveau du ministère et des réformes est totalement dominés par un petit groupe de personnes qui n’ont pas mis les pieds dans les quartiers depuis 40 ans au moins. Cette gérontocratie s’entourent d’une cour de beaux-parleurs et de « futurs universitaires »  qui font ce boulot alimentaire en attendant un poste. Il faut introduire la philosophie, le droit vivant et l’histoire dans les écoles de travail social, ce que nous avons tenté de faire au début des années 2000 dans une école de la région parisienne, sans que cette initiative puisse être évaluée et généralisée, tant le front des psy étaient opposés à cette ouverture.

Enseigner le vivre-ensemble, est-ce possible ? Oui, mais à condition que l’équipe de formateurs ne se « bouffent » pas le nez comme je l’ai constaté dans de nombreux Instituts de travail social. Qu’ils se mettent à réfléchir à leurs méthodes d’enseignement et à ce qu’ils transmettent DE CONCERT. Aujourd’hui, en sortant de ces écoles, les travailleurs sociaux sont formés pour se sentir démunis, coupables ET victimes de la population. Dès qu’il y a un conflit plus corsé avec un « usager », cela prend toute la place dans l’équipe. Au point qu’aujourd’hui, si vous voulez faire de l’argent en formation, il faut proposer des formations sur la violence, le soutien psychologique, le burn-out, etc. Les fonctionnaires – comme le milieu associatifs – sont « contaminés » par des théories et pratiques négatives, génératrices de peur, remplies de stéréotypes et de jugements de valeurs.

Parmi ceux que je connais (et je connais beaucoup de monde) et qui ont manifesté, combien reprend leur travail en se disant qu’il va falloir changer de théories et de pratiques professionnelles :
– se débarrasser de la psycho-pathologisation des personnes,
– bloquer la psychiatrisation de l’enseignement et de la socialisation des enfants,
– mettre fin à la machine infernale qui transforme la moindre découverte du corps entre les enfants (ouche-pipi) en délinquance sexuelle,
– refuser de faire un dossier MDPH et de classer l’enfant dans une catégorie de handicap lorsqu’un instit’ demande une aide (AVS) parce que l’enfant en question ne rentre pas dans le formatage de la classe;
– démonter les fabriques qui produisent à la chaîne des troubles et des incapacités (en protection de l’enfance, par exemple)
– évaluer les ordonnances des juges des enfants: quel contenu, quels outils d’analyse, quelles applications des lois suivant les principes de liberté (dont la liberté d’expression des citoyens convoqués devant le juge), principe d’égalité (dont l’égalité des chances) et de proportionnalité (sur ce sujet, nous avons beaucoup à dire)
– expérimenter des nouvelles formes de vivre-ensemble en créant des alliances éducatives (entre les parents et l’assistante familiale, par exemple), des processus de devenir pour l’enfant, des moments où le pardon devient une méthode de résilience (pour ne citer que ces domaines)?

« Changer pour ne rien changer ? » (image de Charlie Hebdo, 1975)

La crise de la crise ?

La question de la culture de masse surgit d’abord d’un problème tout autre et plus fondamental, à savoir : le rapport hautement problématique de la société et de la culture.

Il est besoin de rappeler que tout le mouvement de l’art moderne commence par une rébellion véhémente de l’artiste contre la société en tant que telle (et non contre une société de masse encore inconnue) pour comprendre à quel point ce rapport antérieur a dû laisser à désirer, et devenir méfiants à l’égard de la facile nostalgie qu’ont tant de critiques de la culture de masse pour un « Age d’or » de la bonne société policée.

Cette aspiration est beaucoup plus répandue aujourd’hui en Amérique qu’en Europe, pour la simple raison que l’Amérique, quoiqu’elle ne connaisse que trop bien le philistinisme barbare des nouveaux riches, n’a qu’une connaissance incertaine du philistinisme culturel et cultivé, non moins ennuyeux, de la société européenne, où la culture a acquis une valeur de snobisme et où c’est devenu une affaire de position sociale que d’être assez éduqué pour apprécier la culture (…)

Ces mots de Hannah Arendt dans La Crise de la culture (1961) pourrait être également appliqués aux idéologues et experts de la famille et en général de la société qui construisent un idéal de famille et de société où les règles étaient claires et où chacun avait son « rôle ». On oublie que cela n’a jamais existé. Et on oublie aussi que ces formes rigides d’assignation des rôles et des places, notamment dans la société rurale, a abouti au fascisme de masse qui a englobé les jeunes des années 30 dans toute l’Europe. Combien de temps encore doit-on pratiquer ce lavage de cerveau dans les sciences sociales et dans la psychanalyse réactionnaire de ceux qui nous vendent du « tout fout le camp » et du « pater familias » aux kilogrammes ?

La mémoire des enfants morts pour repenser l’accueil des enfants vivants ?

Depuis longtemps, je navigue dans les institutions qui ont pour mission  d’accueillir la vie ouverte sur l’avenir de la vie dans la protection de l’enfance, dans la « prise en charge » des personnes durement frappées par une condition économique, sociale, humaine d’exclusion et de discrimination sur qui pèse encore plus la présomption de culpabilité. Elle est inscrite dans les institutions qui ont toutes un fondement religieux ou théologique implicite. Il n’y a pas de mot dans le social et la santé qui ne soit pas imprégné par ce fondement religieux de notre culture chrétienne.

L’homme nait-il plus coulpable quand le hasard de la vie le fait venir au monde dans une famille « connue » par les services sociaux ?

Cet enfant signalé depuis le ventre de sa mère est-il moins digne de vivre comme tous les autres enfants dans la dignité et dans le devenir, de sorte que personne ne l’enferme dans une idéologie de la répétition des comportements de ses parents (eux-mêmes exclus de la vie digne et ordinaire) ? Peut-on commencer la vie parce que la société – par ses émissaires-experts et salariés – se penche sur votre berceau, non pas pour trancher, signaler, charger de mots négatifs et des regards pourris de soupçon votre vie mais pour vous conduite au dehors vers une société inconnue car ouverte vers l’à-venir ?

Cet enfant, a-t-il seulement le droit de devenir lui-même, une personne autre, car sa naissance lui confère cette possibilité unique, cet espoir et cette promesse? Comment se rassemblent les adultes-qui-savent et les parents qui se trouvent enfermés du côté des malheurs ? Qui bâtit des passerelles dignes de notre culture et du devenir de l’enfant ?

Récemment, la PMI, l’ASE et d’autres institutions se sont réunis sans informer les parents pour « analyser » et décider de l’avenir d’un foetus qui était dans le ventre de sa mère: placement dès la naissance ou pas? Toujours la même « solution » totale bureaucratique. Nous sommes donc, en 2014 et pas dans le film de Ken Loach des années 1970 d’un autre siècle. Ici, dans le conseil général, sept ou huit professionnels sont rémunérés pour gonfler les eaux de la peur, des fantasmes, des prédictions négatives, des dissections mortifères. C’est un lundi matin. Seulement voilà: dimanche, la jeune femme a fait une fausse couche à la maternité où elle était déjà hospitalisée et le bébé est né mort. Mort-né. Mais personne n’a eu l’idée d’inviter la mère ou de prendre de ses nouvelles. Ni la PMI, ni L’ASE. Et lorsque tout ce brave monde salarié a appris la nouvelle, cela ne les a pas empêché de poursuivre la réunion. cet exemple n’est pas isolé. parler de la mort peut se passer des événements de la vie et de la présence vivante de ceux dont il est question.

Quel monde fabrique les théories et les puissances des professionnels et de leurs institutions qui décident de la vie de ceux qui sont « connus » par les services sociaux ?

Quel accès à l’avenir et à la participation éclairées construisons-nous pour les familleS « connues » par l’ASE?

Sommes-nous dignes de nous intéresser aux enfants des autres sous prétexte de protection, alors que nos références sont plombées de préjugés fielleux, de prédictions négatives et d’une idéologie de la relégation portée aussi par l’ordonnance de certains magistrats ?

Pourquoi ériger l’idole ou l’image d’Epinal de la parentalité dans la figure d’un parent assassin, dangeureux, toxique … ? Pourquoi appauvrir à ce point notre force instituante la verticalité de la filiation ?

Notre travail d’équipe à ARTEFA consiste à saisir ce qui se passe en réalité, une réalité souvent recouverte de discours. Et d’ouvrir les pièces étanches des représentations et des références des travailleurs sociaux et des psychologues afin de les faire réfléchir sur les effets que leurs actes et théories ont dans la vie des enfants, des adolescents et des adultes.

Acquérir une posture professionnelle de dignité et de découverte de la vie est un défi.

A chaque réforme des diplômes d’état de travail social, on fige davantage l’idéologie négative, destructrice d’avenir, nichée dans ces métiers et dans l’administration française. Jusqu’à quand cette reproduction de la même négativité ?

Le pape François pourrait donner des leçons aux directeurs et Présidents des conseils généraux et aux magistrats de France.

Je lis LES DÉFIS PASTORAUX DE LA FAMILLE DANS LE CONTEXTE DE L’ÉVANGÉLISATION, Document de préparation, Cité du Vatican 2013.

Et j’aimerais lire des pensées aussi novatrices dans les documents de l’ONED, de l’ODASS et des ministères, mais aussi dans les pratiques et les réalités des institutions qui interviennent dans la vie privée des personnes soit dans le cadre d’évaluation d’une « information » dite « préoccupante » (mais où la présomption de culpabilité est omniprésente et le procès kafkaïen tient lieu de méthodologie), soit dans l’évaluation en vue d’agrément à l’adoption.

je lis dans les DEFIS : « Si, par exemple, on pense au seul fait que dans le contexte actuel tant d’enfants et de jeunes, nés de mariages irréguliers, ne pourront jamais voir leur parents recevoir les sacrements, on comprend combien sont urgents les défis posés à l’évangélisation de la situation actuelle, par ailleurs répandue partout dans le “village global”. Cette réalité trouve un écho particulier dans l’accueil immense que reçoit de nos jours l’enseignement sur la miséricorde divine et sur la tendresse envers les personnes blessées, dans les périphéries géographiques et existentielles: les attentes qui s’en suivent sur les choix pastoraux à propos de la famille sont énormes. »

A quand une réflexion sur la dignité des parents qui ne reçoivent aujourd’hui aucun soutien réel pour pouvoir cheminer autrement qu’écrasés devant leurs enfants par les puissantes idéologies de stigmatisation qui sont autant de formes laïques d’excommunication des parents de la vie de leurs enfants lorsque les professionnels interviennent au nom sacro-saint de la protection de l’enfance?

A quand une pensée dans les institutions pour cesser de confondre les préjugés et les stéréotypes de langage avec l’éthique et les obligations positives d’accueil et d’accompagnement ?

Chaque jour, Artefa tente de faire ce pas de côté vers l’anthropologie, c’est à dire vers la construction d’une philosophie de l’action fragile, très fragile, face aux bulldozers des jugements apodictiques et du bio-psycho-pouvoir. Voir notre culture de l’hospitalité et d’éducation, la culture de la transmission, des soins et des lumières, à ce point meurtrie, détruite de l’intérieur par les institutions censées l’instituer et l’enrichir, voir la pauvreté servile à laquelle sont réduits les futurs professionnels pendant leur formation initiale, voir la médiocrité et la suffisance des experts dans les diverses comités, collectifs, etc., voir les chefs pris dans leur lutte de pouvoir bureaucratique, ce sont les quelques points sur lesquels nous sommes appelés pour agir à notre niveau, par la formation.

Quelle volonté manifestée par les décideurs pour modifier en profondeur la protection de l’enfance ?

Marina aux Assises de la protection de l’enfant à Lille (2014)

Cette année, aux Assises de la protection de l’enfance de Lille, il a été question de « la mort de Marina » et des « parents tortionnaires », ce qui faisaient glisser les échanges dans ce que l’on connaissait déjà, alors qu’il s’agissait de changer de paradigme. Il était question de « système » en éludant légèrement le fait que le système est composé de tous les professionnels et responsables présents dans la salle. Le système c’est nous.

Je retrouve un article publié dans le Monde en 2012 qui correspond à ce qui a été dit de cette même histoire tragique en 2014 : en protection de l’enfance, la mémoire flanche tout le temps… Le temps des institutions et leur habitude de redire les mêmes choses (dans une inertie qui sert de « liant »), n’est pas le temps des enfants qui quittent l’ASE sans que l’on puisse évaluer quel transfert de compétences, quelle éducation, quelle transmission assurent les centaines de milliers de professionnels, magistrats et experts qui les ont entre leurs mains pendant leur enfance et leur adolescence ?

Dépasser l’illogisme et la ségrégation contenus dans les théories et les croyances des professionnels 

Lorsqu’un enfant passe des années en observation, lorsqu’il est l’objet de multiples interventions ou qu’il vit 24h/24 dans les institutions de l’ASE,  entouré de professionnels, lorsque cette réalité est réellement prise en compte, qui pourrait se permettre de soutenir que l’enfant ne fait que reproduire, copier-coller, (par les gênes ou le sang?) les conduites « défaillantes » de ses parents ? Pourquoi faut-il éluder l’institutionalisation des enfants et négliger l’évaluation des effets laissés par les méthodes éducatives, par les grilles de lecture et par les interventions et les écrits des professionnels dans le développement de la personnalité des enfants « pris en charge » en protection de l’enfance ?

Une question précise, logique a été posée dans un atelier…

La question qui dérange et que l’on n’a pas voulu poser en plénière car elle touche à la responsabilité jusqu’au plus haut niveau de la politique de la protection de l’enfance est la suivante: si Marina aurait été prise en charge à temps et « sauvée » par la protection de l’enfance, si elle vivait jusqu’à 18 ans dans les services de l’ASE (famille d’accueil, foyer, école, centres de soins, etc.), quel aurait été le traitement qui lui réservait les institutions ? Quel traitement est réservé aux jeunes femmes qui grandissent dans les institutions ? Et que se passe pour elles à 18 ans ? Une des jeunes adultes qui a témoigné aux Assises dans un discours plaisant et lisse, n’a pas été invitée pour parler de la réalité qu’elle a dû affronter pendant son adolescent dans les MECS et ce qui s’est passé lorsqu’elle s’est retrouvée SDF à 18 ans dans le désert des institutions et la jouissance des professionnels qui lui avaient prédit ce « devenir » fatal. Quelle aurait été la dignité de Marina devenue mère ? Et sa dignité de citoyenne ? Est-ce que la protection et l’éducation reçues dans l’ASE auraient fait d’elle une citoyenne digne au regard des collectivités territoriales et des associations ? De sorte que l’on aurait pu dire qu’elle était une personne digne de vivre « comme tout le monde » si elle le souhaitait et devenir à son tour mère? Ou, au contraire, la protection lui aurait infligé une étiquette « connue par l’ASE » comme un stigmate l’accablant de la prédiction négative de la « reproduction » : elle aurait été enfermée dans la fatalité et le mécanisme du signalement l’aurait ciblée comme une « mère » à signaler, personne à risque et non pas l’inverse: alors qu’on aurait pu dire qu’elle a acquis plus de compétences que les enfants qui grandissent juste avec leur famille, car Marina aurait pu bénéficier des savoirs, savoir-faire, savoir-vivre de nombreux professionnels, n’est-ce pas ? Connaissant des nombreuses « Marina » vivant dans les institutions de la protection de l’enfance, je sais que la machine infernale de la stigmatisation lui aurait valu un signalement dés que Marina aurait déclaré sa grossesse. c’est là un des axes forts du changement de paradigme que l’on devrait prendre à bras le corps dans les formations et l’analyse des pratiques en protection de l’enfance.

Pourquoi cautionner la mécanique illogique qui enferme les enfants dans la discrimination, voire dans la ségrégation raciale, car cette idéologie stipule la suprématie de la transmission par la race et le sang au détriment de la culture, de l’éducation, du devenir humain ?

L’article de 2012 paru dans Le Monde, fidèlement repris par le « rapport » de 2014

Affaire Marina : qui est responsable ? Le Monde.fr | 27.06.2012 à 10h37 • Mis à jour le 27.06.2012 à 10h37

« Une loi du 5 mars 2007 a renforcé considérablement la responsabilité des conseils généraux dans la prise en charge de la protection de l’enfance, y compris en cas de maltraîtance. Jusqu’alors, les services sociaux de l’administration départementale intervenaient lorsque le danger encouru par l’enfant n’était pas trop grave, sinon la situation familiale était signalée au Parquet. Ce dernier pouvait alors saisir le juge des enfants. Suite au constat que, par crainte d’être mis en cause par la justice pour avoir tardé à réagir, l’administration avait tendance à trop signaler, la loi de 2007, par un retour de balancier, imposait un plus important traitement en amont, avant un éventuel signalement aux autorités judiciaires. C’est ainsi qu’actuellement, même si un enfant est en danger, les services sociaux doivent intervenir auprès de la famille, s’il y a possibilité d’évaluer la situation, et si la famille accepte l’intervention. Dans le cas de la petite Marina, victime de la cruauté de sa mère et du compagnon de cette dernière, si l’on s’en tient à ce qui s’est dit lors des débats de la cour d’assises de la Sarthe, rapportés par la presse, on constate un certain nombre de contradictions. L’affaire a été signalée par l’école au Parquet avec copie à l’aide sociale à l’enfance (département). Ce service ne serait pas intervenu, puisque le Parquet enquêtait. La presse s’en offusque, le président des Assises aussi. C’est ignorer ou dissimuler le fait que lorsqu’une enquête judiciaire a lieu, d’une part on peut estimer que ses enquêteurs ont davantage de moyens pour découvrir la vérité, d’autre part le plus souvent les autorités judiciaires ne supportent pas qu’une intervention parallèle ait lieu (ne serait-ce pour ne pas interférer dans le déroulement de l’enquête de la police judiciaire). On découvre par ailleurs que le Parquet a classé l’affaire sans informer le conseil général. Ce dernier ne l’a appris qu’en interrogeant le Parquet. Pour expliquer cette anomalie, le président des Assises déclare : « La justice traite de l’infraction pénale, pas de la protection de l’enfance. » Cette assertion, dénuée de tout fondement, tend à renvoyer la faute sur l’administration et dégager ainsi les autorités judiciaires (comportement classique dans ce genre d’affaire). En juin 2009, l’hôpital signale au conseil général, preuves médicales à l’appui nous dit-on, que Marina a fait l’objet de nouvelles violences. Et ici ou là de s’étonner que les services du conseil général n’aient pas aussitôt saisi le Parquet. Sauf que l’hôpital ne l’a pas fait non plus, car il estimait que ce n’était que des « suspicions ». On voit bien que dans la chaîne des responsabilités, malgré toutes les tentatives législatives de clarification, il subsiste des imprécisions, des malentendus et des comportements de « patate chaude ». On n’hésite pas à reprocher tour à tour au service social de ne pas intervenir quand les autorités judiciaires sont saisies, et de ne pas les saisir quand lui-même intervient. Il est certain que lorsque l’on connaît la fin tragique de l’histoire, il est tentant de chercher des coupables. Le calvaire qu’a subi cette enfant est tel que la colère publique (lire le déchaînement des internautes) ne peut se focaliser sur les seuls parents : leur crime dépasse l’entendement. Les accuser et les punir ne suffira pas à combler l’indignation publique. Alors chacun y va de son commentaire, ironise sur les indécisions, aimerait bien élargir le banc des accusés. La petite assistante sociale du secteur pourrait faire l’affaire. Pourtant, elle s’est préoccupée de la situation, elle a effectué plusieurs visites à domicile, parfois avec la puéricultrice. Le président du conseil général de la Sarthe couvre ses agents, cela fait jaser mais il importe de rappeler que le service social n’a pas pour mission principale d’enquêter sur la maltraîtance éventuelle que subit un enfant. Il a bien d’autres missions. Sa proximité avec les populations explique qu’il lui a été demandé depuis longtemps de faire connaître les situations de maltraitance dont il aurait connaissance et, de plus en plus, d’enquêter sur des affaires signalées par d’autres. Ce n’est pas un service de police, il n’a pas d’autorité particulière pour investiguer. Il travaille sur la parole des gens et sur ses propres constats. Dans ce cas précis, la famille a berné le service social, comme elle avait berné la gendarmerie. Y compris en déménageant plusieurs fois. POUR DES ENQUÊTEURS SPÉCIALISÉS DANS L’ADMINISTRATION Lorsque se produisent de tels événements, alors que le dispositif de protection de l’enfance est peut-être l’un des plus rodés dans le secteur social dans notre pays, la question des responsabilités se pose à nouveau. Des associations (Enfance et partage, L’Enfant bleu, Innocence en danger, La Voix de l’enfance) réapparaissent et se refont une notoriété. Bien que sur le terrain ce sont les personnels qu’elles mettent en cause qui effectuent 98 % du travail de protection, elles viennent donner des leçons, tenant quelques fois des propos insultants à l’encontre de travailleurs sociaux qui sont pourtant les premiers protecteurs de l’enfance en danger. Par ailleurs, elles n’hésitent pas à laisser entendre dans les médias que les 98 000 enfants en « danger » sont des enfants victimes de violences, des enfants maltraités. Ce qui, évidemment, est faux. Cette affaire démontre que l’on risque d’assister à un nouveau retour de balancier dans le sens contraire (ce qui était prévisible) : l’administration se mettant à signaler très rapidement aux autorités judiciaires pour ne pas être mise en cause dans les prétoires. Mais, plus positivement, elle pourrait aussi conduire le nouveau gouvernement à mesurer justement les conséquences de la loi de 2007 : si l’administration départementale doit jouer un rôle accru dans l’accompagnement des familles et dans le dépistage des maltraîtances, alors les moyens financiers doivent être donnés aux départements pour assumer correctement cette tâche (ce qui n’a pas été fait jusqu’alors). Et peut-être ces départements devront réfléchir à la nécessité d’avoir des équipes d’enquêteurs spécialisés, en lien avec les professionnels sociaux de terrain, compte tenu de la fonction semi-judiciaire que la loi leur demande d’assurer. Yves Faucoup est un ancien directeur d’un centre de formation de travailleurs sociaux, ancien directeur de l’action sociale d’un département. »

 

« Parrainage de proximité » : l’alliance éducative entre parents et bénévoles pour l’enfant

L’expérience de Maria Maïlat dans l’innovation du « parrainage de proximité »:

  • en qualité de chargée de mission à la Délégation interministérielle de la famille entre 1999-2004, elle rédigé le premier document à l’intention des politiques et des experts, ainsi qu’à l’intention des associations, ce qui a contribué à la création d’un groupe de travail interministériel qui a élaboré les fondations d’une politique de « parrainage de proximité ».
  • Membre et contributeur de ce premier groupe interministériel concernant le parrainage de proximité – Contribution et rédaction du rapport.
  • Entre 1999 et 2020, Maria Maïlat a accompagné et accompagne des nombreux groupes ou réseaux dans toute la France qui réfléchissent et mettent en place des actions de « parrainage de proximité » avec des associations nationales, des fondations et avec le soutien des collectivités territoriales
  • elle a participé à la fondation de l’Union nationale des associations de parrainage de proximité et a créer un corpus de références anthropologique et de philosophie (plusieurs traces écrits peuvent être transmises à ceux le souhaitent).

Contribuer à l’enrichissement de la socialisation, de l’éducation et de l’épanouissement de l’enfant                                                                                                          Le but est d’alimenter le champ des représentations sociales qui impulsent et donnent corps aux actions de coopération, voire d’alliance, avec la famille. il s’agit de proposer une alternative qui limite la prolifération d’un discours causal qui inculpe les parents comme « causes » de l’in-adaptation de l’enfant aux normes de l’école ou d’autres institutions. Comment faire un pas de côté par rapport à des approches porteuses de diagnostic pathologisant les liens parnets/enfants et qui portent un regard pénal sur les parents? Comment penser des rapports horizontaux entre les parents et les autres adultes, ainsi que des formes de coopération et d’alliance pour l’enfant ? Cela exige également de repenser les rapports (aujourd’hui conflictuels et de concurrence) entre bénévoles et professionnels.

Il s’agit de clarifier les potentialités, les limites et les perspectives du « parrainage de proximité »  tout en critiquant la STANDARDISATION des discours concernant les relations parents-enfants, standardisation enfermant le parent et l’enfant dans une fantasmagorie destructrice où la surveillance et la pénalisation – enseignées dans les formations et exercées sur le terrain – empêchent toute construction politique des rapports d’égalité et de solidarité entre les parents et les autres adultes. La « parentalité » est une notion négative, en creux, une formule incantatoire ou une arme dirigée contre le parent, aussi bien dans la guerre menée par les institutions de protection de l’enfance contre les parents (au nom de la « protection de l’enfant ») soit la guerre au moment du divorce entre les parents.

Dans les actions de « parrainage de proximité », il s’agit de développer des expériences de vie quotidienne entre adultes  (parents/bénévoles) auxquelles participent les enfants. Ces actions enrichissent les expériences de découverte de la culture et de la nature, contribuent au bien-être des enfants. la priorité est donnée aux actions collectives réunissant plusieurs enfants, ce qui développe des expériences de « vivre-ensemble » entre enfants qui, sans ces actions, n’auraient jamais eu l’occasion de faire connaissance. La même chose se passe aussi pour les adultes: le projet réunit des personnes qui n’ont pas des liens sociaux ou de proximité.  Il s’agit donc, avant tout, d’une création de réseau d’adultes où chacun peut potentiellement être parrain d’un enfant. De sorte que le parent qui vient avec son enfant n’est pas ciblé comme étant « en difficulté », « en échec », incapable, etc. mais comme un participant d’égal à égal à l’action de parrainage. Chacun expérimente l’estime de soi avec les autres. Il s'(agit de partir des repères éthiques (tel que la dignité, le respect, les rapports d’égalité et d’équité, la transmission d’un récit qui n’enfonce pas l’enfant dans un processus de désarroi ou/et de déchéance, l’empêchant de penser, d’apprendre, de devenir autrement libre et créatif dans sa vie.

L’enfant, parenté, sujet en devenir à la découverte des autres ?                                        La circulation intelligente des enfants dans la société est un des soucis majeurs des actions de parrainage de proximité. Elle contribue au développement d’un enfant et à son enrichissement en terme de découverte des personnes et des modes de vie. Un enfant qui a grandit dans un foyer, structure collective avec un programme où chaque personne est soumise à un fonctionnement « ordonné » où le règlement prime sur les différences et particularités de l’individu, arrivant dans la maison de son « parrain » demande quel est le règlement intérieur de la maison. le parrain qui nous raconte cette expérience exprime son étonnement et dit à l’enfant qu’il peut faire son propre règlement, s’il le souhaite, mais il peut aussi avoir des envies différents d’une journée à une autre, car personne ne lui impose un « programme ». L’enfant a mis du temps avant de pouvoir renoncer à se réveiller tous les jours à la même heure comme au foyer. Ou de proposer une activité ou d’exprimer une envie. Il était dans une position d’objet soumis au fonctionnement institutionnel géré par les travailleurs sociaux.  Et la seule modalité pour s’exprimer était la colère ou l’inertie, le « non-vouloir » de faire. Il a fallu beaucoup de temps pour que le jeune puisse exprimer calmement son point de vue, le proposer, le négocier. La violence exercée par le règlement et l’ordre imposés par les travailleurs sociaux lui a inculqué, en miroir, un comportement rigide, agressif et défensif à la fois.

Dans l’approche anthropologique portée avec les groupes projets du « parrainage de proximité », nous inscrivons l’enfant dans un don de vie qui n’est pas réduit à un objet du désir des parents. Et on évite surtout de réduire l’ontologie de l’enfant au seul  » désir » ou « non-désir » de la mère, car on n’interroge jamais le « désir du père » d’avoir un enfant.  De plus, parler du désir d’avoir un enfant, ouvre sur une logique de possession, d’avoir, au détriment d’une penser orienté vers le don de l’être. Le parent s’engage dans une promesse qu’il ne peut jamais honorée/accomplir seul, c’est une promesse de devenir dont l’accomplissement dépend en grande partie des structures sociales (environnement familial, éducatif et social).

« Comment faire en sorte que mon enfant puisse vivre des moments avec des « grands-parents », alors que je suis une  « mère seule, isolée »? » demande S., mère de deux enfants « sans père » que j’ai rencontrée. En effet, les formes d’exclusion scolaires, éducatives, de formations, d’accès aux droits fondamentaux et à la re-distribution des richesses provoquent l’isolement et le sentiment d’isolement chez les parents et, en même temps, ils sont mis dans l’impossibilité de se faire respectés et accueillis par les autres catégories de personnes de la société. Cette mère n’a jamais été invitée à prendre un café ou à discuter chez un de ses voisins ou chez les parents d’un camarade de classe de ses enfants. Autrement dit, elle ne connait aucune expérience de voisinage ou de liens de proximité. la vie privée des autres lui demeure fermée, inaccessible. Et son enfant, non plus. Elle n’ose pas inviter chez elle des « voisins » car elle a honte et peur de leurs jugements. Elle me dit « je suis pauvre, je ne veux pas voir ça dans le regard des mes hôtes, je ne veux pas lire dans leur regard le mépris ou la compassion, non. »

La  transmission d’une culture vers l’enfant ne s’est jamais limitée au cercle restreint d’un ou deux parent(s). La « cellule nucléaire » de la famille est un mythe érigé en Occident et aux Etats Unis dans les classes moyennes et des employés dont parle Krakauer. Elle est également un « mythe » fondateur dans la culture chrétienne des classes moyennes. Ce mythe a été renforcé au cours de deux derniers siècles.  Du point de vue des études anthropologiques, la parenté est composée de structures complexes en mouvement, ce qui n’a rien à avoir avec « le sang » mais avec l’inscription des humains dans une histoire orale où l’on  traduit dans le langage de l’expérience et du partage des contes, des rituels et des repères  « inclusifs ». Dans les sociétés dites « traditionnelles », même les rituels d’exclusion ont une fonction de consolidation des liens sociaux de la communauté. Or, dans nos sociétés (notamment dans la société française étudiée par M. Mailat), il existe des mécanismes d’exclusion dépourvus de toute force symbolique de « cohésion sociale »: des exclusions « pour rien ». C’est une forme de « consommation » d’un excès d’exclusion par les institutions censée éduquer, transmettre, inscrire l’enfant dans un devenir avec les autres. Or, c’est l’inverse qui est à l’œuvre  : l’école est une formidable machine d’exclusion « pour rien », au point que ces mécanismes rendent « suicidaires »  les enfants qui apprennent à s’auto-exclure, parfois, dès la maternelle.  une « carrière d’échec scolaire » domine les actuelles organisations de l’Education Nationale. L’exclusion s’est automatisée, elle est devenue une force per se  qui génère dans la vie de certaines personnes des formes d’exclusion de type  « pas de chance ». Et ces mécanismes d’exclusion sont doublés d’un mouvement de répétition comme des vortex qui tirent vers les « eaux usées » des hommes et des femmes qui n’ont jamais connu autre chose que ce versant sombre, anéantissant de la société. Ces mécanismes de destruction de l’humain « pour rien », proche de la destruction de la nature végétale et animale, demeurent souvent obscures, enfermés dans le déni.

Donner-recevoir-re-donner
De point de vue anthropologique, la circulation des enfants s’organise selon la logique du don avec sa triple détermination : donner-recevoir-re-donner. « L’esprit du don » est constitué d’un « ensemble de significations partagées » qui ouvrent la. vie d’une personne ou d’un groupe à l’étranger, à l’altérité. Inspiré par cet « esprit », le sujet ou le groupe met en place des processus dynamique d’accueil et de traduction réciproques de valeurs et de « pratiques ». L’hospitalité est un processus présente dans toutes les cultures, mais, parfois, elle revêt un caractère fortement « utilitaire », à savoir qu’il s’agit davantage d’une culture où le hôte qui accueille veut tirer des bénéfices immédiates, voire un « plus)value » de l’accueilli. Et finalement, l’accueil se limite à un « entre soi », on accueille celui qui nous ressemble et non pas celui qui par sa différence, particularité, originalité, incarne l’altérité.
L’obligation de tisser des rapports d’alliance et de solidarité est inscrite dans le corps social, mais elle peut prendre des formes standardisées: la société contemporaine « délègue » à l’Etat la politique de l’hospitalité au lieu d’imposer son exercice par les actions promues par les associations, les individus, les initiatives locales (Dun’ village, par exemple). Cette fausse délégation à l’Etat qui du coup exerce un pouvoir policier d’exclusion et de destruction de l’hospitalité provoque une sidération, voire, un rempli dans la société civile. Comment lutter contre ces phénomènes ? La création des réseaux de parrainage de proximité, même modeste et micro-social, est une alternative viable contre l’étatisation d’une culture d’accueil et d’hospitalité. Au niveau interpersonnel, ce projet engage les personnes dans une circulation de la vie, car « rien ne peut naître et exister dans le monde sans qu’il y ait don et contre-don » (Marcel Mauss). Au fil de ses propres expériences, l’enfant assimile les valeurs de solidarité, d’amitié et forge son propre être dans le monde. L’enfant apprend à donner et cherche sans cesse à recevoir, il est un sujet en devenir.

Les choix électifs
pendant les actions collectives, l’enfant fait la connaissance de plusieurs adultes et enfants. petit à petit, se mettent en place des « choix électifs ». Donc, ce parrainage ne repose pas sur un choix imposé par des bénévoles à tel ou tel enfant à qui ont désigne un parrain. Bien au contraire: l’expérience des relations concrètes au cours des partages des moments ensemble précèdent le « lien » et le constitue. L’enfant découvre d’abord le parrainage en tant que réseau et expérience partagée. Ensuite, pour certains découvrent un lien privilégié aveu un ou plusieurs adultes. Et de là, un parent et son enfant peuvent tisser des liens plus « privés » avec un adulte qui devient. davantage parrain. Ce processus est donc très différent du parrainage classique, civil ou chrétien.  Le parrainage dont il est question ici consiste en un enchaînement de choix électifs accomplis sur la base des expériences communes.

La façon dont une association initialise le parrainage détermine en grande partie la relation affective tissée entre un enfant, les parrains et la famille de l’enfant : cet aspect est illustré par les témoignages des anciens enfants parrainés.

Il ne s’agit donc pas d’entamer d’emblée un lien « privilégié » avec un enfant, mais de l’inscrire dans un réseau plus vaste porté par le bénévolat : « Dans le même temps, toutes les activités bénévoles qui, grâce en particulier aux associations loi 1901, dont nous nous apprêtons à fêter le centenaire, ont permis d’éviter ou de limiter une partie des effets de ces catastrophes, par exemple en allant nettoyer les plages polluées ou en aidant gratuitement des handicapés, n’ont, elles, permis aucune progression de richesse et ont même contribué à faire baisser le produit intérieur brut en développant des activités bénévoles plutôt que rémunérées. Autant dire que nous marchons sur la tête et que dans le même temps où l’on va célébrer le rôle éminent des associations, nous continuerons à les traiter comptablement, non comme des productrices de richesses sociales mais comme des « ponctionneuses de richesse économiques » au titre des subventions qu’elles reçoivent. Notre société, malgré ses déclarations de principe, facilite beaucoup plus le  » lucra-volat », la volonté lucrative, que le bénévolat, la volonté bonne; et il arrive trop souvent que ce que l’on pourrait appeler le « male-volat » ou volonté mauvaise, sous ses formes diverses, bénéficie de l’argent des contribuables comme en témoignent les exemples récents de pactes de corruption en vue de détourner les marchés publics. » (Patrick Viveret)

Parrainage inscrit dans l’éthique du don
Le parrainage pourrait s’inscrire dans une éthique qui considère que l’enfant est un « don inestimable ». La réciprocité ne se joue pas entre les adultes (parents de l’enfant et parrains) car il s’agit d’un don d’avenir : chacun donne pour que l’enfant à son tour puisse créer des rapports humains avec les autres. Chacun donne (à l’enfant) pour tisser une relation et non pas pour recevoir un objet en échange : dans le parrainage, le don ouvre une possibilité de mise en sens, de construction d’un sens commun concernant le lien social. Il ne s’agit pas d’un rapport mécanique car l’enfant est à la fois « donné » et « invité » et c’est lui qui reçoit sans que ses propres parents soient en situation de rendre l’équivalent de ce que leur enfant a reçu.
Dans les rapports de parrainage, les adultes, notamment les parrains et les marraines, produisent de la dette sociale positive : l’enfant qui reçoit une nouvelle expérience aura l’occasion, plus tard, de transmettre à sont tour les fruits de cette expérience à d’autres personnes de son entourage : « on ne donne pas pour recevoir, on donne pour que l’autre (l’enfant) donne » (Claude Lefort). Il s’agit d’une dette positive dont l’enfant devient le porteur et le transmetteur à l’âge adulte. Cette réciprocité différée implique un investissement symbolique qui n’attend pas un retour immédiat et évaluable.

Quels logique avec les parents de l’enfant ?
Le parrainage associatif inclut dans la même association tous les adultes: parents, parrains de proximité, futurs parrains ou des bénévoles qui contribuent à la vie associative.  Car « donner est bien à la fois se séparer (…) mais aussi faire passer quelque chose de soi dans ce que l’on donne. » (Bruno Karsenti). Autrement dit, les parents de l’enfant parrainé doivent être valorisés lorsqu’ils adhérent à cette démarche associative ; ils doivent être confirmés dans leur rôle comme étant indispensables et irremplaçables. Dans cette perspective, le parrainage devrait s’établir sur un acte qui accorde d’une façon visible du respect et de la reconnaissance aux parents : ces deux vecteurs sont porteurs de socialisation et d’encouragement lorsque les parents se trouvent dans une situation difficile. Il ne s’agit pas de prendre en charge directement les parents dans le parrainage de l’enfant mais de faire un retour valorisant des parents, de leurs propres rôles auprès de l’enfant et surtout d’éviter de leur renvoyer encore une image culpabilisante ou stigmatisante. Lorsqu’un parrainage est réussi, les parents se sentent eux-mêmes satisfaits de ce que l’enfant a vécu chez son parrain ou sa marraine. Ainsi, une mère a affirmé : « Puisque mon enfant a été reçu avec tant de bienveillance et il m’est revenu chargé d’émotions et de bons souvenirs, puisque j’ai été respecté grâce à lui, j’ai moi-même acquis un prestige social ». Dans un contexte où l’enfant a été accueilli dans une famille pendant une semaine, la mère de l’enfant avoue : « Je me suis sentie considérée. »
Il faut éviter l’installation d’un rapport de rivalité ou de concurrence destructeur entre la famille qui s’inscrit dans le parrainage et les origines de l’enfant. En insistant sur le fait que le parrainage n’est pas une forme de parenté et encore moins une construction qui touche à la filiation de l’enfant, bien au contraire : sa réussite dépend de la façon dont la filiation est valorisée et enrichie. Il est important de continuer à mieux différencier le parrainage de l’adoption (cette dernière porte une (re)fondation de la filiation).

 

Maria Maïlat dans le Dictionnaire écrivains voyageurs

MAÏLAT, Maria (dictionnaire des écrivains voyageurs)

Biogramme 

Ecrivain, anthropologue. Née en Transylvanie, d’une famille pluriculturelle où l’on parlait couramment le roumain et le hongrois: les deux composent sa « langue maternelle » . Elle a appris le français dans son enfance, elle fait des études de philosophie, psychologie et sociologie (Roumanie, équivalences en France), publie des nouvelles, des poèmes, des chroniques d’arts plastiques et de théâtre, tout comme des entretiens avec les personnalités de la culture roumaine et hongroise. Elle traduit de la poésie française et hongroise en roumain. En 1985, la censure de la dictature roumaine interdit ses écrits. Interdiction d’exercer son métier de sociologue-psychologue. En 1986 la Securitate la force de quitter le pays. Se réfugie en France (1986), poursuit ses études d’anthropologie et de sociologie jusqu’au niveau doctoral, milite contre le régime de Ceausescu. Après la chute du régime, elle s’installe définitivement à Paris et choisit de devenir citoyenne française. Écrivaine européenne avant tout, elle relie l’anthropologie à la philosophie et à la littérature et monte des projets alternatifs où se croise l’écriture en terme de traces et d’histoires inscrites dans la vie quotidienne des personnes et des groupes qu’elle rencontre. Elle réfléchit aux chemins de l’altérité et de l’hospitalité dans la société française. Publie des romans, nouvelles, essais aux éditions Robert Laffont, Julliard, Fayard, Belfond, Editinter, ainsi qu’aux Éditions de l’Armançon et Jacques Bremond.

Article 

Dans la Roumanie communiste, l’éloge du Conducator était un exercice imposé aux écrivains. Avant 1989, plusieurs quittèrent leur pays, d’autres se trouvèrent en résidence surveillée ou en prison. Pour ceux qui sont partis en exil se posait alors la question de la langue. Maria Maïlat choisit d’écrire en français, la langue de l’entre-deux mais qui devint aussi la langue de sa vie quotidienne. Si son premier roman S’il est défendu de pleurer (1987), sorti clandestinement de Roumanie, fut traduit et publié en France, en Suède et en Allemagne, son deuxième et tous ceux qui suivirent ont été écrits directement en français (1998, 1999, 2001, 2003), tout comme ses cinq recueils de poèmes parus depuis 1998. À cela s’ajoute les nouvelles et les récits publiés dans un recueil (Avant de mourir en paix) et dans des ouvrages collectifs.

Suite au fascisme, au stalinisme et au totalitarisme du régime de Ceausescu, M.M. a voulu mettre l’écriture à l’épreuve de l’expérience extrême de ceux qui n’avaient pas eu accès à la liberté et à la parole. Persuadée que seule la littérature peut donner la mesure de cette époque d’horreur dissoute dans la banalité et la peur qu’elle appelle «une fiction renversée» (M.M. 2009), M.M. cherche à faire vivre dans l’écriture romanesque la « vie brisée des hommes et femmes de [s]on entourage qui sont tous morts, transformés en poussière ». (M.M. 2009) Le pari de M.M. est de saisir, sous forme d’histoires anonymes, l’expérience totalitaire. L’auteur croise la narration sur le vif de la vie moderne avec les mythes. S’il est défendu de pleurer est un roman-reportage sur la Roumanie des années 80 qu’un dictateur nain plonge dans le chaos. « S’il est défendu de pleurer, je ne pleurerai plus […] L’essentiel, c’est de ne pas me laisser accabler par le désespoir, par les larmes, de ne pas me croire seule, de ne pas me laisser effrayer par la mort, par les menaces au téléphone […] ». (117-118) Sainte Perpétuité est son deuxième roman, mais le premier écrit directement en français. Il confirme la puissance visionnaire de l’écriture de M.M. qui parvient à raconter des choses terrifiantes avec humour et légèreté : écrite à la première personne, l’historie de Léa nous fait découvrir un monde marqué par les clivages entre le dehors et le dedans, la folie et la résistance, l’amnésie et la mémoire, la vengeance et le pardon. Les thèmes du pardon et de la liberté traversent tous les romans de M.M. L’héroïne de Sainte Perpétuité grandit entre une mère très belle mais suicidaire et une grand-mère qui lui fait découvrir le cimetière et lui raconte “la survie de la licorne” sans jamais évoquer les camps de concentration. Elle transmet à sa petite-fille, non pas le deuil sans fin, mais la joie et l’obstination de la vie. M.M. situe  ses personnages au-delà des repères géographiques et ethniques, dans un espace-temps obscurci par la terreur “sans nom” qui laisse la place à la quête joyeuse du chemin. La grâce de l’ennemi, son troisième roman, se déroule dans un pays disloqué, ravagé par la violence et soumis au régime du plus fort. Le roman entraîne le lecteur dans l’atmosphère oppressante des combats de boxe clandestins. Mais le combat à mains nues entre un aveugle et un monstre est avant tout une métaphore des luttes menées durant le XXe siècle par les victimes des régimes totalitaires. En contre-champs de l’acharnement des boxeurs et guerriers, émerge la danse lumineuse de Malvina, dont le chant provoque des miracles. Le roman combine le surnaturel et les descriptions précises propre à un film documentaire (elle en a réalisé plusieurs). L’écriture de M.M. fait appel à un imaginaire visuel porté par les métaphores. Quitte-moi, le roman suivant, est un monologue musical qui se glisse entre cri, rire aux larmes, murmure, colère, silence et pardon. Véra rend compte de ses amours et de sa difficulté de se sentir heureuse avec l’homme qui lui dit l’aimer. « [S]pécialiste des coups de foudre » (quatrième de couverture), Véra est à la fois libre et prisonnière, dure et fragile, rêveuse et lucide. Mais son histoire est aussi une interrogation sur la transmission et sur les dégâts provoqués par une idéologie qui privilégie la loi du sang, « mon sang empoisonné » (184) au détriment de la mémoire et de la parole. Comme Véra, M.M. a installé les contradictions et les excès de la grande histoire européenne au centre de l’intimité de ses personnages : l’enfance, le coup de foudre, la découvert d’une cimetière, l’amitié, la trahison, la violence, le voyage en moto, le goût du pain et des fraises de bois, l’étonnement d’un enfant handicapé et la mémoire qui se heurte au vieillissement… tous les moments d’une vie ordinaire sont inscrits dans le contexte d’une guerre et/ou d’une dictature totalitaire. Dans La cuisse de Kafka, roman foisonnant comme un tableau de Brueghel, Mina Baïlar, « [é]crivain cosmopolite et interdit » (62) dans la Roumanie de Ceausescu est un alter ego de M.M. Comme l’auteur, la protagoniste cherche une langue pour s’exprimer et se libérer à travers l’écriture, elle découvre que « [s]es mots étaient malades d’un virus balkanique » (62). Son itinéraire est ponctué de rencontres simples, tendres et souvent surprenantes comme celle de Rosa Rosen qui, malgré Auschwitz, « avait ses heures de joie, de fête » (159). Mina découvre l’ambiance parisienne des grands appartements bourgeois et des rues étroites, tout en étant obligée de passer par les arcanes de l’intégration : petits boulots, foyer pour immigrés, soupe populaire, fouille dans les poubelles. Elle croise des jeunes délinquants, fonctionnaires, éducateurs, mais aussi journalistes, éditeurs, libraires, nombreux intellectuels que l’auteur croque avec un humour ironique et sans concessions. Chaque rencontre est une aventure. Des séquences émouvantes relatent les visites de l’auteur chez Ionesco. Entre souvenir et fiction, ce roman est un kaléidoscope qui fait apparaître quelques personnages emblématiques qui ont traversé le fascisme roumain sans rendre lisible leur propre travail de mémoire : Eliade et Cioran étant les plus célèbres.

Dans ses textes plus courts, tel que Risque de métissage, risque de vie, M.M. transfère l’exil sur une île où les habitants redécouvrent les chants et les danses des anciens esclaves. Là encore, l’auteur confronte son histoire à la quête identitaire et pluriculturelle des ceux qui parlent « au moins deux langues » (89). La traversée de l’Est vers le Sud ouvre une nouvelle expérience d’écriture que M.M. poursuivra dans Flâner aux Pyramides d’Evry : elle donne une description fine de la vie des habitants venus de quatre coins du monde, dont les enfants son nés en France. Un de ces enfants de la banlieue parisienne demande « Le bled, c’est quoi ? Quelle marque ? » (235). Ici encore, l’heure est à la démolition, à l’effacement des souvenirs des immigrés ballottés, eux aussi, par la grande histoire des États. La double connaissance de la culture des anciens Pays de l’Est et de la culture française donne à l’auteur une matière riche et une façon percutante d’aborder l’histoire tout en gardant une place importante à son imaginaire et aux mythes. La faim, absurdité de la civilisation de l’abondance, revient dans ses récits. Mais on la trouve aussi dans La grâce de l’ennemi et dans le recueil de nouvelles Avant de mourir en paix. En banlieue parisienne « L’argent manque, la fin du mois commence le quinze, à partir de là, il faut compter chaque bol de riz, faire durer le morceau de viande, le sucre, le lait » (234). La hantise de la faim percute le manque qui effleure dans les mots. M.M. met en mouvement un rythme de l’écriture qui lui permet de “faire résonner” les autres langues dans le français :  « J’aime la liberté obligée du passé simple. Ce temps du verbe appartient à une autre géographie, à un autre mouvement qui franchit la mort et trace une ligne de vie entre ma main et l’amour » (242). Le rythme, la concision du poème surgissent parfois en palimpseste dans le style de M.M. L’écriture narrative est un tissage qui claque contre le vent adverse du destin. Un destin absurde dont le sens n’émerge que parce que l’individu se lance dans le récit de son histoire comme s’il suivait une “étoile” : « barbouillée de sang/derrière les barbelés/une étoile sans lumière saignait/entre le marteau et la faucille […] je dansais/arrachée à toutes les langues maternelles/sous l’oeil en triangle d’une absence/ – je dansais » (Klothô, 1999: 15). Klothô, la fileuse, une des Moïrai qui personnifiaient le destin dans les mythes grecs, est la figure tutélaire de l’écriture de M.M. Dans ses poèmes, l’auteur fait l’expérience d’un éternel voyage sans carte et sans boussole se fiant à la musique de la langue et au silence des mots. Le silence et la phrase concise, suivie d’une métaphore, construisent les fictions, de sorte que les visages de personnages parviennent à marquer le lecteur. La biographie est utilisée par M.M. comme une “matière brute” qu’elle modèle en fonction de la trame du roman et de son imaginaire. Silences de Bourgogne est une œuvre mixte, entre journal intime, conte fantastique et essai, écrit pendant sa résidence d’écrivain à Vézelay, dans la Maison Jules Roy (2003).

M.M. appartient à une nouvelle génération d’écrivains, ceux du désenchantement et de la liberté reconquise grâce à l’écriture littéraire capable d’affronter les ténèbres de l’histoire du siècle précédent. Comme plusieurs artistes de sa génération, elle a voulu réinventer une nouvelle écriture au-delà des frontières et des limites, enrichie par la diversité culturelle et le syncrétisme post-moderne. Écrivain post-moderne, M.M. apporte à la littérature du XX et XXIe siècles une voix singulière qui traverse l’histoire, les frontières,  les langues et érige l’écriture en raison d’être.

Efstratia Oktapoda

Choix de textes (….)

Références bibliographiques

M. M., « Chemin faisant autour le La colonie pénitentiaire de Kafka », Séminaire de l’École Nationale de la Magistrature de Paris « L’acte de juger », sous la dir. de Denis Salas, Paris, juin 2009.

M., S’il est défendu de pleurer, roman, traduit du roumain par Alain Paruit, Paris, Robert Laffont, coll. « Pavillons », 1998.

M.M., Quitte-moi, roman, Paris, Éditions Fayard, 2001.

M.M., La cuisse de Kafka, roman, Paris, Éditions Fayard, 2003.

M.M., « Risque de métissage, risque de vie » (récit), Babel heureuse (ouvrage collectif), Paris, Éditions l’Esprit des péninsules, 2002.

M.M., « Flâner aux Pyramides d’Evry», Flâner en France, recueil collectif dédié à la mémoire de Jacques Lacarrière, Paris, Éditions Christian Pirot, 2005.

M.M., Klothô, prix Voronca, poèmes illustrés par Maria Desmée, Remoulins, Éditions Jacques Brémond, 1999.

ROMANS

S’il est défendu de pleurer, roman traduit de roumain, Paris, Éditions Laffont, 1987 (publié en Allemagne et en Suède).

Sainte Perpétuité, roman, Paris, Éditions Julliard, 1998.

La grâce de l’ennemi, roman, Paris, Éditions Fayard, 1999.

Quitte-moi, roman, Paris, Éditions Fayard, 2001.

La cuisse de Kafka, roman, Paris, Éditions Fayard, 2003.

Silences de Bourgogne, (essais et contes philosophiques), Précy-sous-Thil, Éditions de l’Armançon, 2004.

Femmes sous la montagne de Zarathoustra, texte écrit et lu par le Théâtre de l’Europe, Théâtre de l’Odéon en tandem avec la pièce présentée par la troupe de Varsovie de LUPA (2007).

Constatin (Brancusi), Edition Transignum, (édition bilingue français et espagnole, traite en espagnole par Natalia da Valle, illustré par les oeuvres d’Eva Largo), Paris, 2013

NOUVELLES, RÉCITS, ESSAIS

Avant de mourir en paix, recueil de nouvelles, Paris, Éditions Fayard, 2001.

« L’arc-en-ciel, l’accordéon, Dracula » nouvelle, Une enfance d’ailleurs, sous la direction de Leila Sebbar et Nancy Huston, Paris, Éditions Belfond, 1988 (en Livre de Poche « J’ai lu », 2002).

« Risque de métissage, risque de vie » (récit), Babel heureuse (ouvrage collectif), Paris, Éditions l’Esprit des péninsules, 2002

« Sortilège du seuil » (nouvelle), Paris par écrit, recueil collectif consacré à la ville de Paris, Éditions de l’Inventaire et de la Maison des écrivains, 2003.

« Bernard-l’hermite dans la coquille de Julius » (récit), Poésie Première, 2003.

« Klaus Mann et la France, un destin d’exil », in Europe, juin-juillet 2003.

« Comment la langue nous vient avec ses richesses », in Le Furet, n° 39, Strasbourg, 2002.

« Langues vivantes », in Informations Sociales, n° 89, 2001.

« Flâner aux Pyramides d’Evry », Flâner en France, recueil collectif dédié à la mémoire de Jacques Lacarrière, Paris, Éditions Christian Pirot, 2005.

« La main des autres », in  Temporel, 2008:http://temporel.fr/Maria-Mailat-prose 

ÉCRITURE DE THÉÂTRE ET POÉSIE

« ROUGE à pleine gorge », monologue avec voix et saxophone, présenté au Festival international « À corps et cri », au Théâtre-Poème, Bruxelles, 1999 (voix : Maria Maïlat. Composition originale du saxophoniste Philippe Di Betta. Mise en image : Wanda Mihuleac), CD-livre, Éditions Transignum, 2004.

« L’enfant sexué au cœur des mots », monologue théâtral présenté par Sonia Emmanuel, actrice, metteur en scène, à Nîmes, 2003.

« 2002, miracle à l’envers », monologue lu par Frédéric Merlo (acteur, metteur en scène) dans le cadre de « Lire Vézelay », juin 2004, publié dans la revue Passage d’encre, n° 19-20, 2004.

Cailles en sarcophage, prix Val de Seine, poèmes illustrés par Lisa Delgado, Éditions Editinter, 1998.

Klothô, prix Voronca, poèmes illustrés par Maria Desmée, Remoulins, Éditions Jacques Brémond, 1999.

Trans-sylvania, poèmes bilingues (français, anglais) illustrés par Gianne Harper, Paris, Éditions Signum, 1999.

Graine d’Antigone, poèmes illustrés par Lisa Delgado, Éditions Editinter, 2000 (Sélection traduite en américain et publiée dans World Litterature Today, 2003 (University of Oklahoma-USA) par le poète américain Carl Buchanan).

La métaphysique des cendres, poème bilingue (français et roumain), Paris, Éditions TranSignum, 2004.

Publications dans la presse (poèmes, nouvelles, essais)

 

Libération, Temps Modernes, Europe, Autrement, Passage d’encre, Cahier de l’Orient, etc. Poésie Première – la rubrique permanente « Mots et points d’ami » (un nouveau texte dans chaque numéro). Sélection de poèmes dans Kaléidoscope (édition Expression Culturelle de la Ville de Cognac, 2003) et dans la revue Poésie (de la Maison de la Poésie, Paris, 2003).

Sélection de poèmes traduits en américain par le poète Carl Buchanan dans World Litterature Today (University of Oklahoma-USA), 2003

 

Récompenses, prix

 

Deux prix de poésie : le prix Voronca et le prix Val de Seine.

 

Bourse d’écriture du Centre Régional du Livre de Bourgogne.

 

Bourse européenne « Marguerite Yourcenar » de la Villa Mont Noir.

 

Vice-présidente de la Maison des écrivains et de la littérature pendant la période 2001-2007.

 

2012, Prix Aristote pour ses écrits concernant la poésie

RÉALISATRICE DE FILMS DOCUMENTAIRES

« L’enfance des tous petits » – 3 clips vidéos réalisés pour la valorisation des structures innovantes de la petite enfance dans la Ville de Strasbourg (financement CAF et collectivités territoriales).

« Petite chronique des Escartons », long métrage documentaire pour la valorisation de l’histoire et de la culture de 4 parcs naturels dont trois se situent en Italie et un se situe en France dans les Hautes Alpes (financements : fond européen et conseil régional).

« Petite chronique des Escartons » (suite) : 4 courts métrages, quatre récits de vie des Hautes Alpes (financement de l’Union européenne et de la Région PACA).

L’enfant et l’argent en protection de l’enfance

Les termes du titre composent un énorme non-dit dans ce domaine.
Prenons, par exemple,  le placement d’enfant qui est le LIEU même de changement à mettre en route dans la protection de l’enfance.

1. Au cours de la formation et de l’accompagnement des assistants familiaux on devrait parvenir à déconstruire l’idéologie de domination et de discrimination entre la bonne famille choisie, valorisée, recrutée, rémunérée qui donne de l’affectif et tout ce qu’il faut à l’enfant (le monde des bisounours vendu par les épigones de M. David) et la mauvaise famille diabolisée, enfermée dans un discours standardisé et destructeur du « noyau dur » de l’identité de l’enfant.  Les assistants familiaux sont amenés à travailler davantage dans la clandestinité s’ils veulent garder l’histoire ordinaire et l’attachement de l’enfant à sa famille, de sorte qu’il n’intègre pas la honte et la perte de soi que l’actuel système lui inflige. Les assistants familiaux témoignent du besoin de l’enfant d’espérer, de pardonner à ses parents, de les restituer dans une place verticale d’autorité, d’attendre de vivre avec ses parents, ses grands-parents, sa fratrie, ses tantes, oncles… Il est temps d’inventer des nouvelles méthodes pour que l’enfant ne soit pas dépossédé d’une appartenance ordinaire à sa famille qui est le droit fondamental de tout être humain. Une famille qui ne se réduit jamais à un discours type jugement de valeur sous couvert de « formation » que   l’administration combine à  la psychiatrisation de l’identité de l’enfant, à son « inscription » ou immatriculation dans une catégorie stigmatisée, de « handicapé » social. Ainsi, par exemple, il faudrait interroger la tendance lourde de créer des dossiers MDPH en protection de l’enfance. Mais combien de « dossiers » de demande pour des bourses et combien d’innovations pour que l’enfant puisse vivre comme tout les enfants dans leur environnement ?

La formation des assistants familiaux est un marché « sauvage », sans aucun contrôle des contenus et sans évaluation de leur charge idéologique. Elle est remplie de préjugés et de prêts-à-penser ou  de présupposés-savoirs (cf. lacan). 

Ces formations distribuent une « légitimité » dans l’exercice d’une forme de pouvoir de domination sans jamais s’interroger sur cette domination (de plus rémunérée) indigne d’une société qui se targue de protéger les enfants.

Il faudrait  générer une intelligence collective et parler de la place  de l’argent dans le placement familial. Le « lien d’attachement » de l’assistant familial est fondé sur un salaire: elle gagne sa vie avec la prise en charge de l’enfant. « Child is money » dans ce système. Et plus l’enfant « manifeste » des troubles, plus les primes de l’assistant familial augmentent.

Où sont les cadres des conseils généraux et des autres institutions qui questionnent ce cercle vicieux établi entre les troubles de l’enfant et la rémunération des assistants familiaux ? Et si les conseils généraux établissaient des primes en fonction de l’ouverture au monde de l’enfant, de son bien-être?  Et des nouvelles expériences portées par les professionnels dans la vie ordinaire de l’enfant dans son réseau de parenté, dans sa scolarité et sa santé (au sens donnée à ce mot par l’OMS) ?

2. Et pour le devenir des enfants, nous en sommes où ? Quels sont les feed-back des anciens placés qui améliorent, modifient les pratiques professionnelles et les organisations? Combien de Conseils généraux (CG) intègre la parole des anciens placés lorsqu’ils refont leur schéma ?  Combien d’élus ont commandité des études pour savoir quel devenir pour les enfants qui ont bénéficié d’investissements matériels et immatériels importants de la part de leur CG ?

Les études françaises et canadiennes mettent en garde contre la «solution»  du placement d’enfant qui devrait rester un des moyens et non pas une fin comme aujourd’hui, une fin que l’on pose « quand tout le reste a été tenté ».  Ils ‘agit aussi de déconstruire très rapidement le prolongement du placement sous prétexte que l’enfant s’est « habitué » à son institutionnalisation, à savoir au lieu de placement. Récemment, l’INED indique que “des études nord-américaines ont montré que le placement durant la jeunesse se trouve associé à des difficultés sociales à l’âge adulte (Herman et al., 1994 ; Koegel et al., 1995 ; Mangine et al., 1990 ; Zlotnick et al., 1998), ce que confirment des observations en France, en particulier dans le cas des jeunes (de Gouy, 1996 ; Frechon, 2001 ; Marpsat et Firidon, 2001). L’interrogation porte donc sur le lien possible entre le placement durant l’enfance et une vulnérabilité particulière de ces jeunes «placés» devenus adultes. Firidon (INED) met en évidence que dans la population des SDF, les anciens placés dans le cadre de leur protection en tant qu’enfant son sur-représentés. Cette situation ne s’explique pas par les motifs qui ont conduit à leur placement, car les compétences et les potentialités, voir les processus de résilience, se développent chez des enfants victimes des guerres (Rawanda, Siéra Léone, l’ex-Yougoslavie).

Les traumatismes de l’enfance n’empêchent pas le développement et l’insertion sociale, à condition que les méthodes de prise en charge et les discours utilisés dans la construction de l’histoire et de l’identité de l’enfant portent une réelle contribution ouverte sur se vie présente et sur son avenir. Tant que l’on gardera les référentiels et méthodologies en place  qui standardisent les représentations de l’enfant et de sa famille dans un champ rempli de propos psycho-pathologiques et d’adjectifs discriminants, marqueurs négatifs de sa vie et de son identité, il est difficilement envisageable de parler d’innovation ou de changement de paradigme en protection de l’enfance. Il est nécessaire que la protection de l’enfance soit réellement construite et ajustée pour assurer le développement de l’enfant et son inscription dans la vie ordinaire. Et que ces acquis de l’enfant soit relié aux méthodes et aux discours institutionnels qui l’entourent et le « bombardent ».

Le présent

Le présent

« Pour s’y retrouver il faut savoir que le présent est contingent, comme le passé futile. C’est du futur qu’il faut tenir, contre Aristote qui là-dessus a fléchi, que le présent tient à ce qu’il y a de nécessaire. » (LACAN)

Cultiver l’humanisme du devenir dans le service public

Par notre travail patient dans les formations, conférences, débats, écritures nous partageons la volonté de construire de l’intelligence collective, de dépasser le paradigme psycho-pathologique et culpabilisant qui rive les parents pauvres et leurs enfants à un passé négatif, réduit à des « matériaux », rendu indépassable par les méthodes actuelles de « prise en charge » des familles.

Personne n’est pauvre dans son essence humaine. Le pauvre le devient lorsqu’il est désigné comme étant en difficulté, acculé aux normes des professionnels, convoqué sur le banc des accusés par une « information préoccupante », observé tel une bestiole par les experts en psychopathologie-comportementaliste qui sont – comme le dit Ariane Mnouchkine – les « pleureuses et les vestales d’un passé avorté ». Les théories portées par le pouvoir des institutions barrent le chemin du choix, le droit de « tourner la page » pour vivre – en s’appuyant sur  les compétences des professionnels et les prestations – de nouvelles conditions et expériences de vie.

Le devenir humain dépend des théories utilisées dans l’action sociale et dans ses méthodes de gouvernance.

Qui est le « pauvre » ? Comment le définir? La pauvreté est intégrée dans l’Etat comme une « condition socialement reconnue », qui dépend des normes en vigueur dans la société et plus spécialement de la politique de l’action sociale. Le sociologue G. Simmel a donné une définition objective à cette catégorie. Sont pauvres ceux dont le statut social est désigné par les institutions de l’action sociale et auxquels la législation et la pratique administrative attribuent le droit de recevoir des revenus directs ou des prestations en nature, tout en leur imposant des comportements et une transparence de leur vie privée qui touchent à leur dignité humaine.

Il ne suffit plus de distribuer des prestations et « aides » pour que la condition du pauvre change. Ces prestations doivent être rattachées à des conditions juridiques, anthropologiques et pratiques mises en oeuvre par les institutions qui instituent un minimum anthropologique de dignité et de liberté avec l’application de la présomption d’innocence et dur aspect de la vie privée. Le  développement d’une approche globale d’action sociale fondée sur les signes sociaux de dignité, de réciprocité et de réversibilité est un des chantiers d’Artefa.

Chaque système et chaque pays génère ses propres « pauvres », ce qui renforce le pessimisme et la standardisation de la politique d’Etat dans la prolifération des catégories plus ou moins « voilées » de pauvres. Derrière les dispositifs d’aides se cache la principale préoccupation d’un système libéral comme le notre, dépendant du marché et du pouvoir d’achat des individus : alimenter la consommation des pauvres. (cf. Lautier Bruno. L’étude de la pauvreté est-elle un substitut à l’étude du développement ? . In: Tiers-Monde. 1999, tome 40 n°160.) Le pauvre n’est pas « hors-circuit »: il est une des cibles de la grande consommation.

Dès qu’une institution exerce sa force instituante pour construire (dans ses écrits et discours) un « passé avorté » qui enferme les personnes dans une mémoire de déchéance, d’échec et de haine de soi. Haïr ses parents ciblés comme « toxiques » ou coupables du placement de l’enfant est un des attributs de ce « passé avorté ». Et lorsque les institutions censées modifier la condition humaine de ceux qui viennent vers eux génèrent la reproduction de la déchéance, de la haine et des malheurs, alors cette société ne bascule-t-elle pas  dans sa propre destruction ? Et les professionnels ne deviennent-ils pas les « serviteurs de la mort » ,  dépossédés de vision politique et éthique de leur métier ?

Les dispositifs d’information préoccupante,  les « contrats » léonins du RSA,  la tutelle, le fait de devenir jeune majeur … tous ces prestations du service public sont-il génératrices de justice sociale, de principe d’espérance (Bloch) et du vivre-ensemble ?

Ainsi,  dans le contrat jeune majeur : quelles sont les conditions d’exercice du droit de choisir, de se tromper, de découvrir la liberté, de se constituer une vie privée à l’abri des professionnels, de gérer son argent, bref, de sortir d’un système d’assistanat ? Combien de jeunes majeurs s’en sortent et témoignent de leur vie de citoyen ? Combien entrent dans les conseils d’administration des institutions ? Combien parviennent à fonder une famille « comme tout le monde » sans avoir à rendre des comptes aux services sociaux qui apposent sur son front le tampon  « connu par nos services » ?

Ce sont les méthodes d’observation et de narration des institutions qui fabriquent la  réalité et l’identité des personnes que nous sommes obligés de mettre en chantier.

Nulle responsabilité ne peut exister sans dignité.

Quelles sont les ouvertures vers une société respirable ( Michel de Certeau) ouverte vers l’avenir, où les « bénéficiaires » des prestations peuvent dormir en paix et se réveiller sans avoir à subir les injonctions qui détruisent leur position verticale et de leur autorité ? L’autorité de leur parole existe-t-il dans les rapports qui les concernent ?  Quelle est la condition humaine des parents dans la protection de l »enfance ? Quel est le respect de la dignité humaine dans le RSA, dans les tutelles ? Quelles sont les expériences de co-éducation ouvertes à la créativité entre parents et enseignants dans de l’ Education nationale ? Quelle intelligence et quelle espérance font émerger les institutions censées accompagner les adultes ou contribuer à l’éducation des enfants ?

Ariane Mnouchkine impulse le chantier de déconstruction de la peste de négativité et de soupçon qui envahit les institutions:

« Je nous souhaite d’abord une fuite périlleuse et ensuite un immense chantier.

D’abord fuir la peste de cette tristesse gluante, que par tombereaux entiers, tous les jours, on déverse sur nous, cette vase venimeuse, faite de haine de soi, de haine de l’autre, de méfiance de tout le monde, de ressentiments passifs et contagieux, d’amertumes stériles, de hargnes persécutoires.

Fuir l’incrédulité ricanante, enflée de sa propre importance, fuir les triomphants prophètes de l’échec inévitable, fuir les pleureurs et vestales d’un passé avorté à jamais et barrant tout futur. »

à lire la suite ici:

Voeux Ariane Mnouchkine 2014