La déscolarisation, symptôme de la disqualification sociale par l’école ?

« La montée récente de la déscolarisation est une manifestation symptomatique des procédures d’étiquetage et de disqualification à l’œuvre à l’École. » (Béatrice Mabilon, note 3)

Gunther Anders dans l’Obsolescence de l’homme (1) est un témoin philosophe infatigable qui observe et rend compte de la déshumanisation des systèmes occidentaux censés transmettre les valeurs, les savoirs faire et savoir vivre, censés valoriser les cultures existantes sur un territoire, bâtir des passerelles entre les cultures et les langues, éduquer, guider l’homme vers des espaces intelligibles qui le rend plus riche humainement, plus en harmonie avec les autres hommes. Au lieu d’accorder une attention particulière aux effets générés par nos institutions dans la vie de ceux qui « naturellement » ne sont pas nés du bon côté des richesses matérielles et immatérielles, les institutions pratiquent (sans le savoir ou en le sachant) la sélection « naturelle », sauvage propre à un système capitaliste qui n’a jamais encouragé l’élaboration de ce que c’est l’homme et son avenir. L’obsolecence de l’homme est bien un caractéristique de fond scellée dans les fondations de nos institutions dont l’Etat en premier.

Ainsi, mêmes les projets d’éducation, de transmission de l’humanisme et donc de de « production » des cultures sont petit petit envahis par une approche apocalyptique véhiculant la figure humaine du mal, chargée d’un potentiel de criminalité et de malveillance: cette figure devient récurrente dans les discours et les faits mis aux devant de la scène publique par les experts, les politiques et les médias.

La déshumanisation dans la vie ordinaire, quotidienne, repose sur la construction des catégories négatives de « non-être » en partant de l’idée que l’institution (dont l’Etat, la justice) œuvrent au nom du Bien et de la vérité. Ce postulat fausse d’emblée tout processus humaniste et enferme les gens depuis leur enfance dans un statut ou une identité de l’échec, de la honte, de la mes-estime de soi qui peuvent les conduire vers les territoires de la mort (suicide, meurtre, enfoncement dans ce que Gadamer appelle les déchets humains).

C’est la méthode utilisée par les professionnels et les institutions qui fait basculer de nombreuses personnes dans le régime de leur déshumanisation avant même qu’elles soient en état d’exister, d’accomplir des faits et surtout d’accéder à une intelligence qui est par définition collective et se matérialise dans la parole écoutée et prise en compte par les chefs des établissements et les magistrats ou par les élus et les fonctionnaires de l’Etat.

La méthode donc compte et doit être soigneusement examinée car elle est toujours enfouie sous la décision négative, la condamnation, l’étiquette négative.

Qu’en est-il de la méthode de fabrication des déchets humains que l’on peut observer en examinant certaines pratiques pénales de l’Education nationale avec la complicité du système judiciaire et le « politiquement correct » que les gens de gauche comme de droite ne questionnent même plus ?

Les méthodes enchevêtrées des institutions pour construire le discours sur l’absentéisme scolaire forment le nég-humanisme : c’est à dire, l’utilisation des principes de droit et d’éthique pour fabriquer de l’exclusion et du déchet humain. Un de ces méthodes aboutit au titre publié partout le 10 février 2015 en France :

« Quatre mois de prison avec sursis pour l’absentéisme scolaire de son fils » (1bis)

La méthode passe à l’as, laissant frapper la sentence comme dans une nouvelle de Kafka. Sans espace de parole pour la mère citoyenne, sans application des principes de droit qui rendent effective la dignité humaine de cette mère et de son enfant. la méthode de l’acharnement propre au nég-humanisme transpire dans les phrases des articles publiés dans le journal: école, travailleurs sociaux, police. Une superposition de puissance censées porter les valeurs de la république qui écrase une … mouche. Une personne sans identité, ans nom, sans réseau, sans défense républicaine, sans. Une personne rivée au non-être. Est-ce cela le modèle national de l’homme en France ?

Cette condamnation est un « symptôme » de ce qui se passe au niveau national dans les établissements de l’Education nationale comme dans les dispositifs de protection de l’enfance.Inutile alors de parler de « zone prioritaire d’éducation » si nos fondamentaux d’action et d’interprétation des vies humaines ne changent pas. Si les repères et les grilles instituées par les puissances des ministères, des écoles, des tribunaux ne changent pas, le hiatus se creuse de plus en plus entre les principes politiques de droit et d’éthique social et les actes posés par les professionnels et les institutions chargés de pouvoir d’applique ces principes. Non seulement que les actuels interprétations du droit sont iniques pour les principes même du droit, mais elles touchent de nombreuses vies déjà reléguées, exclues, pour qui la condamnation, la prison achève leur basculement dans la décheterie humaine. Cette mère et son enfant sont des objets ballottés dans les dispositifs et les écrits des travailleurs sociaux du Conseil général, des associations, de la Police, chaîne analogue à une fatalité sans issue qui « culmine » par cette condamnation.

Mais quand il s’agit d’évoquer la responsabilité des professionnels, d’interroger leurs représentations, leur absence de formation solide dans leurs pratiques d’intervention, lorsqu’il s’agit de faire une analyse de contenu de leur vocabulaires chargé de négativité projetée sur la vie des familles déjà durement touchées par la précarité, la pauvreté et l’exclusion, l’anthropologue se trouve devant un mur dix fois plus grand que le mur de Berlin et devant un déferlement d’affects et d’amour propre des professionnels. C’est plus facile de sortir du chapeau, la culpabilité des parents : culpabilité et responsabilité sont autant des mots flous que l’on utilise au petit bonheur la chance. La logique bipolaire est victorieuse et endort toute pensée critique, dialectique, humanisante. Elle  fixe « les hégémonies » (2), les renforcent. Et fixe aussi la figure épouvantable de l’enfant et de la mère « déscolarisés » comme s’ils n’appartenaient plus à notre humanité instituée.

Les parents dont les enfants ne se conforment pas aux normes de l’institution sont catalogués comme des truands et des ennemis par les professionnels, les institutions. Et leurs enfants aussi. Le vocabulaire du Procureur de la République – relayé par les médias – est instructive dans ce sens : il situe d’emblée l’enfant dans le champ sémantique de la délinquance. Le procureur parle de « récidive » et non pas d' »absentéisme ». Le mot « récidive » remplace le terme « absentéisme » dans la bouche du procureur de Valenciennes, François Pérain.(1bis).

Et la sentence grave tombe comme une guillotine:

« Le 5 février, elle est condamnée par le tribunal correctionnel de Valenciennes à quatre mois de prison avec sursis, pour soustraction sans motif légitime à ses obligations légales au point de compromettre la santé, la sécurité, la moralité ou l’éducation du mineur. Elle encourait deux ans de prison ferme maximum. »

Cette condamnation en 2015 renforce une « compulsion de répétition » vengeresse et inique entretenue par l’Education nationale qui évite de se poser les vraies questions sur les causes réelles de l’absentisme scolaire. Car un tel questionnement sérieux, scientifique devrait inclure l’établissement scolaire qui est une des principales sources de l’absentéisme scolaire. L’école fabrique l’absentéisme comme elle fabrique l’échec.

Depuis que le mot « parentalité » a été introduit par les pédo-psychiatres dans la vie des gens de ce pays (en 1999 dans le jargon psy et en 2004 dans Le Robert), il sert de bouc-émissaire ou cache-misère d’un système éducatif qui s’accroche à un modèle agonisant.

Rappelons que cet enfant allait à l’école. Certes par intermittence, mais il était en contact avec les enseignants, le proviseur, les travailleurs sociaux et avec ses camarades. Et tout ce monde disparaît par le truchement de ce procès! Le proviseur devient témoin à charge contre la mère et le procès fait disparaître sa fonction de responsabilité. Comment est-ce possible de voir que les fonctions de responsabilité des institutions s’arrogent une totale irresponsabilité ?

La mère est mise au ban, stigmatisée sur la place publique, seule, absolument seule, sur une planète déserte, condamnée. Elle regarde comment son enfant? Et l’enfant ? Qu’est-ce qu’il peut comprendre? « Un contre tous », c’est la loi de plus fort et lui, l’enfant, avec sa mère, ils font partie des vaincus, des coupables, des récidivistes (comme dit le procureur de la République François Perrin ?

Dans ce procès inique, ce sont les principes du droit qui se trouve bafouer : la proportionnalité, l’égalité et la dignité. La presse cite aussi « une condamnation dans un cas similaire avait déjà eu lieu en mai 2010, avec une peine de prison de deux mois avec sursis prononcée par le tribunal correctionnel de Laon dans l’Aisne, a dit mardi à l’AFP le ministère. »

Je n’ose pas demander quel est le nom de cette mère et de son enfant habitant à Valenciennes.

Et parlons du stage de parentalité auquel « la mère n’est pas allée », chef d’accusation du proviseur et témoin dans ce procès inique ! Je suis bien placée pour vous dire que personne, absolument personne, ne sait faire des stages de parentalité, personne ne sait de quoi on parle. La parentalité est un concept vide, un néant. Autant parler d’un stage pour chats soumis à l’injonction de devenir des kangourous. Mais la « parentalité » fait mousser les intervenants dans des colloques et fait tourner la marmite des instituons, la parentalité se transforme en financement, paie des psychologues, des psychiatres et des travailleurs sociaux. Pourtant nous avons des recherches en sciences humaines qui mériteraient d’être connues et étudiées par les magistrats, les élus, les directeurs de collège et les enseignants, s’ils avaient la curiosité de suivre des stages de formation continue. Je pense, par exemple, aux travaux de Béatrice Mabilon (2) qui analyse le processus de fabrication de la déscolarisation par l’école.

Au lieu de gaspiller l’argent et la crédibilité des fonctions d’autorité de ce pays, les magistrats et les fonctionnaires devraient s’atteler à un vaste chantier de déconstruction des discours de leurs institutions et de leur puissance exercée pour la mise en échec des enfants et pour le maintient d’un système archaïque fondé sur le mythe de la méritocratie qui produit des déchirures dans le tissu social, déchirures qui ont des conséquences par la suite dans notre société. Des conséquence comme la rupture profonde entre les institutions et les enfant devenus adultes dont l’identité est constituée par une multiplicité de cultures et qui grandissent dans la non-reconnaissance et la stigmatisation engendrées par le « modèle français » d’intégration dont l’école est une des armes fatales. Pourtant, nous avons tous les éléments théoriques, méthodologiques qui pourraient être mises en pratiques dans la formation des travailleurs sociaux et dans l’organisation et la gouvernante des instituions d’éducation et de transmission du vivre-ensemble. (3)

NOTES

(1) Günther Anders, http://www.lemonde.fr/livres/article/2011/06/09/l-obsolescence-de-l-homme-tome-ii-sur-la-destruction-de-la-vie-a-l-epoque-de-la-troisieme-revolution-industrielle-de-gunther-anders_1533798_3260.html

(1bis) http://www.msn.com/fr-fr/actualite/france/valenciennes-une-mère-condamnée-à-de-la-prison-pour-labsentéisme-de-son-fils/ar-AA9cGTD

(2) Rada IVEKOVIC, Le sexe de la nation, Edition Léo Scheer, Paris

(3) Mabilon-Bonfils Béatrice, Saadoun Laurent, « L’invention de la déscolarisation : l’école face au pluriel », Sociétés 4/ 2002 (no 78), p. 39-54 URL : http://www.cairn.info/revue-societes-2002-4-page-39.htm.

(3) http://www.cairn.info/revue-informations-sociales-2008-3-page-60.htm

Publicités
Publié dans Anthropologie et droit | Tagué , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

Construire la préoccupation pour l’enfant exige d’inventer le vivre-ensemble en protection de l’enfance

Note: ce document est l’ébauche d’une pensée mise en mouvement collectivement dans plusieurs départements. Nous vous conseillons d’imprimer nos articles et de les lire à plusieurs et de nous faire des retours. Nous sommes en capacité de prendre en compte vos questions et attentes.

I. Inventer l’enfant en protection de l’enfance
La hiérarchie des lois impose à la France d’adapter ses lois internes au droit international. Du moment où la France a ratifié un code ou une loi internationale, elle se doit de l’appliquer en priorité, même si les lois internes sont parfois en contradiction avec ces lois internationales. Or, les politiques territoriales et nationales de la protection de l’enfance font rarement référence au droit international  (dont les Droits de l’homme) et très modestement (sur le mode incantatoire) à la CIDE. Ce manquement touche également la prise en compte de la Constitution française, notamment le respect absolu de la présomption d’innocence concernant les parents et les enfants.

En terme anthropologique et du droit positif, en protection de l’enfance, l’enfant n’existe pas, il est construit uniquement du côté des dangers, risques, troubles, symptômes, déviances, délinquance, etc. par un discours performatif qui finit par modeler l’identité de l’enfant sur ces canevas destructeurs de son devenir ordinaire. L’enfant ordinaire est un domaine impensé en protection de l’enfance comme le droit de l’enfant à … l’enfance.
Depuis deux siècles les sciences humaines, la philosophie du droit et le droit sont marginalisés dans le travail social et médico-social pour laisser la place à la « pensée unique » ou à l’idéologie chargée de soupçon, de discrimination et de négativité ou de négativisme qui nient la violence de ces « théories » dirigée contre le processus de symbolisation nécessaire dans toute construction identifier humaine. Or, les discours performatifs et les postulats des experts exercent une fascination (par exemple l’engouement pour la théorie de l’attachement, pour ne citer que la dernière « évangélisation » en date) auprès de nombreux travailleurs sociaux. Ces « théories » forment une monoculture car elles sont toutes construites sur le même canevas simpliste, linéaire, niant l’histoire et le devenir: elles imposent le destin ou la fatalité dans les familles prises pour cibles sur plusieurs générations: « tout se joue avant sept ans », « tel père, tel fils » ainsi que la fleurissant commerce de catégories négatives dans lesquelles sont institués les enfants dès les premiers mois de « prise en charge », la notion d’échec appliquée à leur vie homme s’il s’agissait d’une quelconque matière scolaire du 3ème, la croyance d’une reproduction par le sang ou par le biologique du destin destructeur bloquent l’accès de l’enfant à la dignité et à la reconnaissance en terme de droit de l’homme en protection de l’enfance. On peut même affirmer sans se tromper qu’un nombre croissant de magistrats des Tribunaux pour enfant, dans leurs pratiques et dans leurs ordonnances écrites – que nous avons eu l’occasion de lire dans une cinquantaine de département, – cautionnent l’institutionnalisation du non-droit pour de nombreux enfants et leurs parents. Le non-droit commence par la présomption de culpabilité qui casse un des socles fondateurs de notre Constitution : l’espace civil d’exercice de droits fondamentaux dont la présomption d’innocence, l’accès au débat contradictoire, le droit d’être entendu et d’avoir une approche impartiale et bienveillant lors d’une audience. Puis, le droit de contester la décision du juge: ce droit est réduit à la stigmatisation car les arpents qui osent contester une décision du juge pour enfants sont affublés de l’étiquette « procéduriers ». l’accès aux droits ne se fait pas une fois par an, lors d’une manifestation publicitaire portée par les institutions, mais dans les rapports courants entre les citoyens et l’administration.

Depuis cent ans, les enfants sont « observés » et attrapés dans le filet des prédictions négatives, des postulats qui chargent leur identité de symptômes, troubles, déviances. Ces même postulats les condamnent à « reproduire » les malheurs dont ils ont été victimes, comme si les nombreuses interventions pleines de compétences ne génèrent en rien une nouvelle intelligence dans laquelle l’enfant pourrait grandir autrement et devenir un être singulier et non pas le clone monstrueux de ses parents « biologiques ».

Nous sommes toujours étonnés d’entendre des propos professionnels et de lire des documents dans la protection de l’enfance où la culture est réduite à une affaire de contamination biologique, de sang, voir de contamination bestiale (« ils fonctionnent en famille comme une meute de loups » affirme un chef de service en pleine réunion regroupant une dizaine d’intervenants dans la famille). Les adjectifs et les métaphores disqualifiants, méprisants le minimum de respect humain sont légion dans les écrits professionnels et composent un code véhiculant les croyances et les dogmes scientistes.
C’est aux responsables, aux cadres de la protection de l’enfance de se poser la question « quels effets produisent les discours et les écrits des professionnels dans le devenir de l’enfant? ».
Comment sont mis en œuvre les obligations positives et la responsabilité des institutions pour générer pour l’enfant une culture de la transmission qui viennent compléter, modifier, enrichir ce que la famille a pu ou pas lui transmettre et qui le sort de l’amiante de guerre et de haine qui règne entre les professionnels et les parents réduits à des objets nuisibles ou des « causes » de l’intervention musclée des institutions dans leur vie privée.

Bien sûr que les formations des travailleurs sociaux sont à mettre sérieusement en cause, même si les lobbying des organisations et les quelques personnes qui règnent en mandarins sur ce secteur ont toujours vérouillé un changement de fond dans la formation tant dans leur contenu que dans les rapports aux terrains. il exige une élite de pseudo-scientifiques dits « formateurs » qui ont leur fauteuil de fonctionnaire et qui font de la formation une bureaucratie de distribution de stéréotypes de langage et de représentations remplies de confusion (par exemple, la confusion entre un postulat et la vérité).

Et puis, sous cette caste de formateurs-bureaucrates se trouvent une magma de professionnels qui travaillent et qui sont censés initier sur le terrain les futurs professionnels lors de leur stage. Mais là encore, aucune créativité collective concernant la transmission et l’innovation que les jeunes professionnels pourraient initier pour dépasser les actuels schémas qui touchent à leur fin, des schémas idéologiques totalement inopérants et absurdes qui aggravent les situations des enfants, les compliquent et les rendent encore plus troubles. Des schémas flous remplis de bouts de croyances, de mythes, de peurs et surtout qui inculquent d’emblée dans les postures professionnelles des jeunes un rapport négatif contre les parents dés qu’ils arrivent en protection de l’enfance.

La logique n’a pas changé depuis deux cents ans (même si les emballages ont changé): cette logique accule les familles à une condition « zoologique » ou d’objet à observer comme si les interactions entre l’observateur et l’objet observé n’existe pas. le parent est un meuble et la famille un « engin ». Et la vie  l’enfance est réduit à un « parcours » balisé par les institutions : dans ce parcours tout est tracé. L’enfant passe d’une condition de « mineur à protéger » vers une seule bifurcation:
– « troubles de comportements », formule magique qui fait de l’enfant une niche à symptômes, puis il est acheminé vers une catégorie de maladie mentale qui commence par son enfermement dans le  jargon pseudo-psychologique et les actions de sanction et de détermination de son identité, processus violent et  gardé « invisible » qui fait le travail quotidien des travailleurs sociaux et des magistrats…puis une identité de handicapé à vie;
– prédélinquant – délinquant et de là nous allons trouver toute une population qui vient grossir les SDF, les personnes désafiliées (cf. R Castel) aux identités meurtries qui n’ont jamais connu une vie et une reconnaissance ordinaire, normale, jamais appris à vivre tout simplement comme tout le monde.

Les rares personnes qui échappent à cette « fabrique » ont développé uns sorte de « syndrome de Stockholm » par rapport aux institutions : ils ne s’autorisent que rarement de prendre du recul et de critiquer les fondamentaux de ce système. La plupart veut oublier et tente d’effacer ce « passée destructeur d’avenir » comme disait une des personnes que j’ai rencontrée. Il peut aller jusque’ à changer de nom pour éviter d’être affublé par le marqueur identité destructeur provoqué par son placement. Ceux qui « témoignent » se sont assujetti aux choses qu’ils ont entendu pendant des années contre leurs parents: oui, tout est de la faute de leur parent et d’ailleurs, il faudrait que le placement arrive plus tôt, si possible depuis qu’ils ne sont même pas nés. Je ne caricature pas, hélas! Une étude pseudo-scientifique que j’ai entre les mains a été financé pour démontrer cette « vérité »! Ces études pseudo-scientiiques constituent la majorité des études qui font aujourd’hui office de « saint-esprit » pour installer le dogme de la vérité non-interrogeable en protection de l’enfance. Elles sont calquées sur le modèle des études financées par les fabricants des médicaments dans le domaine pharmaceutique.

Les travailleurs sociaux sont eux-mêmes porteurs de ce langage de « vérité et peuvent même allaient mal si lors d’une formation on les engage à faire un pas de côté et à critique de cette culture qui détruit les structures élémentaires de l’identité ordinaire nécessaire à tout enfant, comme, par exemple, la destruction des structures de parenté et de filiation de l’enfant.

II. Le stigmate d’ancien enfant placé

La stigmatisation des enfants par la protection de l’enfance est visible lorsqu’on rencontre des adules qui deviennent à leur tour parents et qui sont signalés plus  rapidement, car le critère « ancien enfant placé » agit comme une tare ou un marqueur identitaire négatif. Cette absurdité est due au télescopage entre une possible approche scientifique recouverte de croyances négatives  dissimulées par un scientisme agressif qui ne supporte pas la critique ou le pas de côté. Au lieu de retourner la protection contre l’adulte quant il devient parent, il faudrait se demander qu’est-ce que les professionnels ont transmis à cet enfant, où sont passé les projets, les réunions de synthèse, les innombrables intervenants bardés de savoirs qui l’ont « pris en charge », qu’en est-il des théories et des pratiques d’éducation, d’apprentissage prodiguées à l’enfant par des personnes qui non seulement sont paysa passé en contact régulier avec les professionnels. Quel rôle éducatif ont-ils jouer? Quels sont les effets de leurs multiples compétences dans la formation et le développement de l’identité de l’enfant? Autrement dit, les travailleurs sociaux devraient être rassurés et même contente qu’un « ancien protégé » devient à son tour parent.
La société civile est exclut et remplacée par des liens salariaux qui font que nombreux enfants ne connaissent pas la vie en société au-delà de leur domicile qui est le lieu d’intervention massive des travailleurs sociaux. Ils sont même « assignés » en placement à domicile, ce qui est une imitation « light » de l’assignation à résidence des détenus politiques dans d’autres pays. Tout se passe comme si la démocratie et le république demeurent aux portes de la protection de l’enfance.

III. Inventer l’intérêt supérieur de l’enfant

Un pilier de l’approche créative portée par ARTEFA : l’intérêt supérieur de l’enfant. Il ne peut pas être « hors sol », séparé et isolé de son identité et de son environnement familial et social ordinaire.
L’enfance ne se réduit pas à un parcours institutionnalisé de l’enfant, balisé par les grilles négatives, stigmatisantes son identité: grilles qui fabriquent et figent l’identité de l’enfant dans les défaillances, troubles, dangers, risques, liens toxiques, ambiance incestueuse, échecs, retards, incapacités, etc.
Ce choix d’approche est lourde de conséquences sur l’identité de l’enfant et du jeune. La répétition de cette approche négative renforce une logique de culpabilisation et de sanction des parents et des enfants.  Et du côté des travailleurs sociaux, cela leur revient comme un boomerang : à force de reproduire un regard négatif et des grilles d’analyse enfermant les familles dans les soupçons et les prédictions négatives (où le mot « capacités » est utilisée dans sa forme de négative = « incapacité ») les travailleurs sociaux portent sur eux-mêmes un regard dévalorisant. La perte de sens de cette approche veille de cent ans engendre aussi une perte de sens de leur métier.

IV. La responsabilité des choix théoriques et pratiques faites en protection de l’enfance

depuis cent ans, ce domaine reproduit une approche stigmatisante les enfants dès par leur naissance, des par une approche où le bio-pouvoir soutenue par la psychologie triomphe en tant qu’idéologie (la dernière en date de cette reproduction est l’idéologie de l’attachement).

Le « mur de Berlin » entre l’environnement familial-social nécessaire autant au développement de l’enfant qu’à la transmission du vivre-ensemble, d’une part, et, d’autre part, le parcours institutionnalisé de l’enfant est attesté par le fait que le PROJET POUR L’ENFANT consiste à remplir un formulaire sans que les fondamentaux des rapports parents/professionnels changent. Il s’agit d’un document « technique » et administratif rempli par les professionnels et que les parents sont convoqués pour le signer. Ainsi, « faire venir » les parents met à l’épreuve les pratiques professionnelles dans leur grande majorité. Ce qui n’est pas conforme avec la formulation et l’esprit de la loi qui exige une coopération positive centrée sur lenfant, une coopération réciproque – d’égal à égal – entre les parents et les professionnels.
ARTEFA propose de porter le changement de logique ou de culture dans la protection de l’enfance et dans les politiques sociales et familiales avec les apports des sciences humaines et du droit. Elle propose « un pas de côté » et sa mise en pratique rapide (au bout de la première étape d’une recherche-action qui inclut un volet formation).
au coeur de l’anthropologie et du droit:

V. Le vecteur du changement : l’éducation des enfants

Le changement de théories et de pratiques dans la politique de l’éducation de l’enfant suivant la culture du projet pour l’enfant lorsque les services sociaux interviennent.
Cf. l’art. 29 de la Convention des Nations Unies des Droits de l’Enfant clarifie les objectifs de l’éducation qui doit viser à :
a) Favoriser l’épanouissement de la personnalité de l’enfant et le développement de ses dons et de ses aptitudes mentales et physiques, dans toute la mesure de leurs potentialités;
b) Inculquer à l’enfant le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, et des principes consacrés dans la Charte des Nations Unies ;
c) Inculquer à l’enfant le respect de ses parents, de son identité, de sa langue et de ses valeurs culturelles, ainsi que le respect des valeurs nationales du pays dans lequel il vit, du pays duquel il peut être originaire et des civilisations différentes de la sienne ;
d) Préparer l’enfant à assumer les responsabilités de la vie dans une société libre, dans un esprit de compréhension, de paix, de tolérance, d’égalité entre les sexes et d’amitié entre tous les peuples et groupes ethniques, nationaux et religieux, et avec les personnes d’origine autochtone ;
e) Inculquer à l’enfant le respect du milieu naturel.
VI. L’évaluation des informations préoccupantes dans la culture du projet pour l’enfant

Concernant l’évaluation de informations préoccupantes, Artefa définit ce processus par une méthodologie utilisée pour parvenir à élaborer avec l’autorité parentale quelle est sa propre préoccupation et croiser cette préoccupation pour le développement de l’enfant et son avenir avec celles des professionnels. Cette méthode exige de mettre une limite à la procédure policière-pénale utilisée hors du champ pénal, dans l’action sociale par les travailleurs sociaux. Si cette logique de contrôle qui est une forme implicite de déclaration de guerre continue, force est de constater qu’elle ne correspond en rein aux principes de la Constitution française, sans parler de l’éthique et des Droits de l’hommes, et de la CIDE.
L’évaluation est une prestation au service de la famille et l’ensemble des textes législatifs la situent dans ce champ d’action sociale. Or, dans l’état actuel des choses, la procédure – en commençant avec le premier courrier adressé aux parents – est une démarche très violente qui assimile les parents à des potentiels malfaiteurs, individus dangeureux pour leurs enfants. Cette logique fausse complètement la démocratie en protection de l’enfance et introduit une violence totalement inutile qui ne permet en aucun cas d’effectuer une évaluation pertinente dans le respect des citoyens et des enfants.
Il s’agit d’évaluer la situation de l’enfant dans sa globalité en croisant de deux grands axes:
les domaines du développement de l’enfant prévus par la loi qui nécessite d’aborder les relations entre l’école et les parents, les préoccupations des parents concernant la scolarité, la santé, la socialisation de leur enfant;
les éventuels faits constatés d’une manière précises dans les interactions ou les propos des parents en direction de leur enfant à condition de bien les situer dans le contexte. cela exige d’écarter la confusion entre les faits et les « effets »: un bleu sur la peau d’un enfant est l’effet d’une situation complexe. De même, l’absentéisme scolaire est un effet d’un contexte complexe dans lequel l’école a sa responsabilité qu’elle doit assumer. Notamment concernant les méthodes de respect de l’autorité parentale à l’école qui a été mises en place avec la famille.
La préoccupation est celle du parent et l’évaluation aide le parent à se centrer sur le développement et l’avenir de son enfant. pour cela les travailleurs sociaux doivent faire le choix de nouvelles méthodes et repères d’intelligence qu’ils seraient à me^me de transférer dans l’élaboration de la préoccupation du parent pour son enfant. La préoccupation du parent a la même valeur que celle de l’Education nationale (pour ne donner que cet exemple, car cette institution est le premier pourvoyeur des « IP » surtout avant les vacances scolaires).
le parent est respecté et accompagné dans la dignité afin qu’il soit mis en situation lui permettant d’assumer sa responsabilité. La violence contenue dans les courriers et les méthodes d’intervention sont souvent loin la culture citoyenne de la dignité nécessaire pour l’exercice de l’autorité parentale.

VII. Un enjeu majeur de la démocratie: la dignité des personnes en protection de l’enfance

Commençons par dire que l’opposition forcée ente les droits des arpents et les droits des enfants rend impossible tout changement et enferme les travailleurs sociaux dans une toute-puissance destructrice du vivre-ensemble. Les parents n’ont pas de droits mais ils sont désignés par la république pour exercer les droits de leur enfant mineur. Une partie de ces droit de l’enfant sont donc exercés par les arpents comme le droit de ‘l’enfant de rentrer chez lui en cas de placement provisoire ou le droit de voir sa famille, ou le droit de vivre chez lui, etc.). une autre partie des droits de ‘l’enfant sont exercés par les représentants de la société, de l’Etat (éducation nationale, par exemple, la CAF, etc.) et par les collectivités territoriale ou airs par le Tribunal de grande instance. Mais le parent ne peut dont aucunement exercé les droits « hors sol ». Il ne peut les exceller non plus s’il n’y pas une reconnaissance digne et ordinaire de son rôle positif de parent auprès de son enfant, de sorte que l’enfant puisse expérimenté que son parent est respecté et dans le cadre de ce respect de sa dignité, il doit rendre compte de ses actes et paroles portés vers et pour l’enfant. Notamment, c’est le parent qui doit se préoccuper de l’accès à la parole avec les institutions de son enfant. Mais sur la place et la parole de ‘l’enfant trop souvent instrumentalisés par les institutions, nous parlerons dans un autre article.

VIII. Le décret d’application du 7 novembre 2013

Il donne les axes qui exige que le Conseil général reformule les « informations brutes » en conformité avec le droit et la dignité des personnes:
« Art. R. 226-2-2.- L’information préoccupante est une information transmise à la cellule départementale mentionnée au deuxième alinéa de l’article L. 226-3 pour alerter le président du conseil général sur la situation d’un mineur, bénéficiant ou non d’un accompagnement, pouvant laisser craindre que sa santé, sa sécurité ou sa moralité sont en danger ou en risque de l’être ou que les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement compromises ou en risque de l’être. »
« La finalité de cette transmission est d’évaluer la situation d’un mineur et de déterminer les actions de protection et d’aide dont ce mineur et sa famille peuvent bénéficier. »
Dans aucun de ces textes la présomption de culpabilité des parents comme « cause » négative d’un éventuel danger n’est pas formulée et pour cause: le Conseil général se doit de remplir ses obligations positives en associant les parents dans leur statut de citoyen et non pas de présumés coupables.
Le Décret du 7 novembre 2013 continue ainsi:
« Art. R. 221-5-1.-Dans le cas où le mineur est concerné par une information préoccupante en cours de traitement ou d’évaluation, le président du conseil général du département d’origine informe les parents ou les représentants légaux de ce mineur de la procédure de transmission d’informations qu’il engage avec le département d’accueil et de ses implications sur le traitement ou l’évaluation en cours.
« Art. R. 221-5-2.-I. ― Dans le cas où le mineur est concerné par une prestation administrative d’aide sociale à l’enfance en cours de réalisation, hors aide financière, le président du conseil général du département d’origine informe les parents ou les représentants légaux du mineur de la procédure de transmission d’informations et recueille leur accord écrit avant d’engager cette procédure.
II. ― En l’absence de cet accord, le président du conseil général du département d’origine évalue si l’interruption de cette prestation met en danger ou risque de mettre en danger le mineur concerné. »
Il est à remarquer que l’autorité parentale est informée sans exception dans ces cas. De plus, elle située au même niveau que l’autorité du Président du Conseil général, ce qui implique le respect effectif manifesté par les travailleurs sociaux dans leurs courriers, appels téléphoniques et contacts directes avec les parents.
Autrement dit, la procédure et les méthodes utilisées par les professionnels devrait rendre lisible le même respect de l’autorité parentale que celui manifesté devant l’élu à la présidence d’un Département.

IX. Un pas de côté

Suivons, cette piste innovante qui nous a été donnée par l’incitation suivante: « Osons formuler des questions impertinentes » (cf. Patrick Kanner, Ministre de la Ville, de la jeunesse et des Sports et ancien Président du CG du Nord)

Plusieurs observations questionnantes :
nous constatons un grand écart entre les textes politiques et législatifs et le choix des théories et grilles d’interprétation utilisés pour la mise en pratique de la politique de protection de l’enfance en commençant par l’évaluation des IP. Cet écart semble le « point aveugle » qui persiste malgré les formations et les analyses de pratiques. Peut-être que le fossé creusé entre les politiques et leur mise en œuvre en fonction des choix théoriques et idéologiques propres au travail social est même aggravé par les formations qui sont faite dans une culture « consanguine » du Même, entre soi. La pauvreté et le peu d’ouverture vers d’autres apports des sciences humaines nécessaires pour modifier les fondamentaux et d’introduire une culture du vivre-ensemble est évidente: la philosophie abordant la question de l’ontologie humaine, l’épistémologie, la philosophie de l’action, la phénoménologie, les sciences du langage, la sociologie pragmatique, l’anthropologie politique, la philosophie du droit, les sciences économiques dont l’économie solidaire, etc. sont absents des formations des travailleurs sociaux ou alors réduits à des coquilles vides ou remplis par les mêmes approches pscyho-pathologiques ou biologistes qui ne font que consolider les confusions et les télescopages dans l’analyse des phénomènes complexes à l’oeuvre dans la vie des personnes. Le travailleur social véhicule souvent les mêmes représentations qu’un journal vendu dans une gare ou qu’une émission populiste à la télévision. Cela questionne lorsque nous lisons les rapports écrits des travailleurs sociaux.

Vu le nombre d’intervenants et le temps passé à observer et à intervenir dans la vie de l’enfant et de sa famille comment se fait-il que les cadres et les professionnels ne se dotent pas de méthodes d’évaluation des effets générés par leurs théories et interventions sur le devenir de l’enfant et dans la construction de son identité ?

Et aussi évaluer comment nous avons bâti le domaine politique de la parentalité ?

Pourquoi maintenir les clivages des dispositifs et des mesures qui produisent un « découpage » des personnes et une logique de pénalisation (Deux exemples: 1. la judiciarisation est une « déclaration de guerre faite à la famille » dit Alain Bruel et 2. le placement arrive « quand tout a échoué » ou « comme l’épée de Damocles qui tombe ») ?

Pourquoi ne pas repenser la prévention pour modifier les pratiques professionnelles et inscrire la protection de l’enfance dans le droit commun ?
Il n’est pas rare que dans le contrat RSA la personne évoque son objectif d’éduquer ses enfants, mais aussi ses difficultés relationnelles avec les enseignants, fonctionnaires de l’Education nationale, ses difficultés de concilier sa propre lutte pour la survie avec l’éducation de ses enfants, etc.

– Pourquoi maintenir la linéarité négative des mesures ASE, au lieu de porter une pensée collective de la circulation intelligente de l’enfant entre son réseau de parenté, l’environnement social et les institutions de la protection de l’enfance dans la cité ?

Quelles sont les modes d’apprentissage social et les méthodes de transférabilité de nos savoirs, normes et discours dans le développement réel de l’enfant ?

Et quelles sont les outils innovants de reconnaissance du réseau de parenté et les expériences professionnelles dans le domaine du « vivre-ensemble » qui modifient la vie de l’enfant grâce à la politique d’intervention du CG et de ses partenaires ? Par exemple: quelles sont les nouvelles expériences initiées avec les compétences des professionnelles lors de l’intervention dans la vie privée au domicile de l’enfant qui enrichit la dignité et la confiance entre les membres du réseau de parenté et qui apaisent et consolident leur vie familiale ?

Pourquoi prolonger les mesures sans évaluer les objectifs clairement fixés pour l’éducateur ou la TISF? L’évaluation est un droit de l’autorité parentale et doit favoriser son accès à la dignité et à l’égalité avec le professionnel.

Qui et comment établit le rapport entre les objectifs formulés clairement et les réalisations accomplies avec le temps et les compétences professionnelles investis dans la vie privée d’une famille pour créer la dignité et le discernement avec l’autorité parentale?
Quelles sont les innovations en terme d’alliance éducative nécessaire au développement de l’enfant et que disent les parents et les autres membres de la famille ?
quelles approches innovantes de la fratrie en terme d’apprentissage social du vivre-ensemble (loin des discours cristallisés sur la rivalité, la parentification, etc.)?

Quelle créativité sociale ici et maintenant pour écrire une nouvelle page d’histoire dans la vie de l’enfant grâce aux rencontres entre l’autorité des professionnels et l’autorité parentale?

De quoi sont auteurs les professionnels qui entrent dans la vie de l’enfant ?

– Quelle est la plus-value politique pour le futur citoyen en contact avec les compétences professionnelles ?

De quelle histoire PRESENTE sommes-nous auteurs pour l’enfant et son devenir de citoyen?

Exemple de parole d’enfant:

 » – La visite médiatisée est comme un film. On a la bande d’annonce et jamais le film. »

Comment inventer des nouvelles expériences pour l’enfant avec un accompagnement de l’autorité parentale si nous restons arc-butés sur les « motifs de l’intervention » qui sont chargés d’adjectifs négatifs/stigmatisants ?

X. Les passerelle d’ouverture vers la culture du projet

Le projet pour l’enfant est possible uniquement si nous construisons le passage d’une culture de la négativité vers une culture ou une anthropologie du projet pour l’enfant.

La culture actuelle peut faire une place à l’innovation d’une culture de projet pour l’enfant depuis la premier acte d’évaluation des informations préoccupantes.

Si un CG décide de constituer une équipe dédiée et un Cellule de recueil et d’évaluation des IP, cette « spécialisation » doit être une locomotive du changement de culture

Ce changement doit être irriguer par la formation-action innovante des cadres dans l’ensemble des services et à toutes les échelles de la pyramide. L’accompagnement au changement exige de renouveler les apports des sciences humaines et du droit dans le « sac à dos » des cadres et de ceux qui sont responsables de la mise en œuvre de la politique dans le département dont fait partie l’évaluation des IP.

Processus de changement suivant les principes de la République, des Droits de l’homme et de la CIDE
(égalité, légalité, réciprocité, présomption d’innocence, débat contradictoire, intérêt supérieur de l’enfant incluant son droit de vivre dans sa famille et dans son environnement social propice à son éducation et à une enfance ordinaire)

le passage d’une « matière » d’information brute formulée sous l’angle de la négativité arrive au CG. Elle doit être transformée suivant une nouvelle méthodologie et référentiel en une « problématique » favorisant la lisibilité de la dignité des personnes et du débat contradictoire d’égal à égal entre l’autorité parentale et l’autorité du CG.

Il n’y a pas de construction de la responsabilité sans l’expérience de la dignité humaine des citoyens dans leurs relations au service public.

Il n’y a pas lieu d’opposer droits des parents aux droits de l’enfant, car le parent n’a pas de droit en soi, il ne fait qu’exercer – si les conditions sont réunies pour l’exercice effectif – les droits de son enfant mineur. Comment s’articule d’une manière intelligente l’exercice des droits de l’enfant entre les puissances institutionnelles et les parents ?

Il n’y a pas lieu de rabattre la colonne vertébrale de l’identité de l’enfant aux théories à la mode dans l’ASE. Il s’agit de poser l’obligation positive des institutions à respecter l’identité de l’enfant constituée d’une colonne vertébrale inestimable et irremplaçable. Elle assure la reconnaissance de l’enfant en tant que personne et futur citoyen dans la culture. Elle marque aussi la séparation entre son identité humaine et son « bagage » biologique. Il s’agit de la filiation.
La filiation est l’institution fondatrice de la reconnaissance de l’enfant dans la grande « famille » des êtres humains. L’auteur de cette filiation effectue un acte volontaire de reconnaissance. l’auteur est comme Rimbaud qui demeure pour toujours l’auteur d’un poème connu dans le monde entier. personne ne conteste sa qualité d’auteur en fonction de son comportement ou en fonction des normes utilisées pour parler de danger ou de risque.

L’auteur de la filiation de l’enfant, colonne vertébrale de son identité, reçoit le nom de parent qui lui est donné par les puissance publiques de la société.

XI. Les mouvements de changement accompagnés par ARTEFA

Plusieurs mouvements sont possibles avec les apports des sciences humaines et du droit:

– décrocher la construction de l’autorité parentale et de la responsabilité du passé des parents qui sont vu sous l’angle des éventuels faits de maltraitance, du danger et de l’idéologie du lien. Cette approche met en échec la construction effective de l’autorité parentale en protection de l’enfance.
Les « motifs négatifs » invoqués pour intervenir produisent un effet de stigmatisation et de désaffiliation dans l’identité de l’enfant.
tenir compte de la force instituante des professionnels qui ont la possibilité de débuter un commencement de l’histoire d’une famille et d’inscrire la famille dans la cité, dans le vivre-ensemble au lieu de générer un renouvellement des mesures focalisées sur l’approche négative fondé sur des normes qui éloignent les parents et isole l’enfant de son environnement familial et social.

– séparer clairement la conjugalité de la parentalité

– acquérir de nouvelles références en matière de droit et dans leur approche de l’environnement familial et social afin d’appréhender ce qui est le droit de l’enfant à une enfance ordinaire et le droit des parents d’être réellement reconnus et instituer dans le champ de l’autorité qui est un concept pluriel (autoritéS).

La vie ordinaire de l’enfant doit être distinguée de l’institution ou de l’institutionnalisation subie par l’enfant tant au cours des interventions professionnelles que lors de son placement en foyer ou placement familial.

L’environnement familial revêt au sens anthropologique
=
réseau de parenté : famille élargie, mais aussi toute personne avec qui l’enfant grandit

= fratrie et structures de germanité (cousins) deux structures nécessaires lors du renouvellement des liens sociaux tissés entre les jeunes générations
II. Le droit à l’enfance doit être affirmée dans la protection de l’enfance car l’institutionnalisation de l’enfant n’assure pas les conditions propices à l’acquisition des capacités et des savoir-vivre propres à la vie ordinaire dans la société civile.

(à suive)

Publié dans Anthropologie et droit | Tagué , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

« Changer pour ne rien changer ? »

La logique militarisée remplacera-t-elle définitivement LA politique de l’éducation nationale, de la protection de l’enfance et de la jeunesse et laissera mourir cette belle « endormie » assommée par le gouvernement de Sarkozy qui est La Protection Judiciaire (eh oui!) de la Jeunesse (PJJ) ?

Le renouveau des prisons a été entamé courageusement par l’équipe de Toubira mais les mêmes Français et une grande partie des élus qui défilent aujourd’hui ont tiré sur la Ministre à coup de bazookas.

Quel élan créatif et quel mouvement innovant national ont porté l’adaptation du mastodonte « éducation nationale » aux rythmes de l’enfant? Quels nouveaux projets et partenariats ont vu le jour à partir de ce changeant du rythme scolaire? Combien d’artistes ont été conviés ans les groupes de travail afin de créer un nouveau rouet éducatif pour les enfants qui ne resteront plus confinés dans les salles de classe toute la journée? Combien de projets à résonance nationale ont vu le jour dans les quartiers, là où les enfants commencent très jeunes de subir le lavage de cerveau dans les espaces publics désertés par les institutions et la société civile française et où ceux qui assurent la socialisation des enfants le font suivant la loi du plus fort, mais aussi en leur apportant un espoir démesuré et la promesse de devenir des héros ou des martyres.

Car le principe de l’espoir comme celui de LIBERTE sont laissés en jachère depuis des décennies dans les politiques françaises de l’enfance et de l’adolescence, end revanche les usines qui fabriquent des exclusions, des troubles de comportements et de la violence sont fleurissantes. Et la lutte contre la délinquance, la loi de mars 2006 (une des premières votées par le gouvernement Sarkozy) cette loi engloutit des millions et donnent quoi? Quelles évaluations des théories et méthodes utilisées et de leurs effets ? Je suis bien placée pour en parler car avec ARTEFA nous avons essayé dès 2006 d’introduire des méthodes d’action innovante (oui, oui!), fondée sur l’anthropologie et la philosophie, une anthropologie de projet et une approche par le droit des personnes dont leur droit à l’expression, qui devraient être mise en œuvre en amont du discours focalisé sur leurs devoirs et leurs exclusions.

Et où sont les ascenseurs sociaux dont parle Robert Castel? Qui tire les jeunes vers le haut et cesse de se voiler la face avec le slogan « les parents, premiers éducateurs », alors que la plupart de ces parents sont eux-mêmes stigmatisés et exclus! Nous avons mené une recherche-action (très mal vue en France pays où l’on clive les labos de recherche de la « masse » des professionnels de terrain) dans plusieurs villes dont Marseille, Jeumont (59), Lyon, Ermont (l’Oise), Clermont, Strasbourg, mais nous n’avons pas pu dépasser les réunions « consanguines » entre des professionnels et politiques qui maitrisent mieux le discours « type TV » que les méthodes créatives d’action et la volonté de faire avec la population. Les plus mobilisés et les plus créatifs a été une poignée de jeunes qui n’allaient plus à l’école ou qui cherchaient en vain du travail.

Nous sommes allés les chercher nous-mêmes dans les rues des quartiers, dans les squats. Les réaction des travailleurs sociaux et des élus vis-à-vis de ces jeunes étaient empreinte de méfiance, de rejet, de soupçon qui leur faisaient violence, mais cette violence-là étant toujours légitimée par les discours demeurait intouchable. En revanche, les réactions de jeunes étaient toujours analysées comme de l’agressivité, de l’incapacité, de l’incompréhension, de la démission, de l’échec. toutes les grilles dominantes le travail social renvoient un jugement négatif qui « colle » à la peau de la personne et le rend « malade ». Les professionnels ont tendance de prolonger une logique de notation et de parler d’échec quand il s’agit de la vie des jeunes et non pas d’une matière enseignée en classe.

Les travailleurs sociaux sont formés pour se sentir malmenés, victimes de leur propre institution. Les jeunes se retrouvent devant ces professionnels qui représentent la force instituante, les structures propres à notre Etat et qu’est-ce qu’ils découvrent? le vent, le sable, la « mise à l’épreuve » bureaucratique et une pauvreté de soutien et d’échange intelligent. La plupart des travailleurs sociaux sont enlisés dans les discours psycho-pathologiques et ne font rien d’autres que d’observer, produire des jugements de valeur ou des formules stéréotypes (un jargon et des sigles qui fonctionnent comme un murmure de borborygmes) dans des innombrables réunions, remplir des formulaires inutiles et sanctionner, générant ce que l’on appelle la « violence légitime ». Tant que leur formation n’est pas modifiée en profondeur avec une évaluation claire des contenus des cours et des méthodes pédagogiques utilisées, et de la cohérence entre les cours, il est inutile de se plaindre qu’il n’y a pas assez de moyen. Mais aujourd’hui, la formation des travailleurs sociaux au niveau du ministère et des réformes est totalement dominés par un petit groupe de personnes qui n’ont pas mis les pieds dans les quartiers depuis 40 ans au moins. Cette gérontocratie s’entourent d’une cour de beaux-parleurs et de « futurs universitaires »  qui font ce boulot alimentaire en attendant un poste. Il faut introduire la philosophie, le droit vivant et l’histoire dans les écoles de travail social, ce que nous avons tenté de faire au début des années 2000 dans une école de la région parisienne, sans que cette initiative puisse être évaluée et généralisée, tant le front des psy étaient opposés à cette ouverture.

Enseigner le vivre-ensemble, est-ce possible ? Oui, mais à condition que l’équipe de formateurs ne se « bouffent » pas le nez comme je l’ai constaté dans de nombreux Instituts de travail social. Qu’ils se mettent à réfléchir à leurs méthodes d’enseignement et à ce qu’ils transmettent DE CONCERT. Aujourd’hui, en sortant de ces écoles, les travailleurs sociaux sont formés pour se sentir démunis, coupables ET victimes de la population. Dès qu’il y a un conflit plus corsé avec un « usager », cela prend toute la place dans l’équipe. Au point qu’aujourd’hui, si vous voulez faire de l’argent en formation, il faut proposer des formations sur la violence, le soutien psychologique, le burn-out, etc. Les fonctionnaires – comme le milieu associatifs – sont « contaminés » par des théories et pratiques négatives, génératrices de peur, remplies de stéréotypes et de jugements de valeurs.

Parmi ceux que je connais (et je connais beaucoup de monde) et qui ont manifesté, combien reprend leur travail en se disant qu’il va falloir changer de théories et de pratiques professionnelles :
– se débarrasser de la psycho-pathologisation des personnes,
– bloquer la psychiatrisation de l’enseignement et de la socialisation des enfants,
– mettre fin à la machine infernale qui transforme la moindre découverte du corps entre les enfants (ouche-pipi) en délinquance sexuelle,
– refuser de faire un dossier MDPH et de classer l’enfant dans une catégorie de handicap lorsqu’un instit’ demande une aide (AVS) parce que l’enfant en question ne rentre pas dans le formatage de la classe;
– démonter les fabriques qui produisent à la chaîne des troubles et des incapacités (en protection de l’enfance, par exemple)
– évaluer les ordonnances des juges des enfants: quel contenu, quels outils d’analyse, quelles applications des lois suivant les principes de liberté (dont la liberté d’expression des citoyens convoqués devant le juge), principe d’égalité (dont l’égalité des chances) et de proportionnalité (sur ce sujet, nous avons beaucoup à dire)
– expérimenter des nouvelles formes de vivre-ensemble en créant des alliances éducatives (entre les parents et l’assistante familiale, par exemple), des processus de devenir pour l’enfant, des moments où le pardon devient une méthode de résilience (pour ne citer que ces domaines)?

« Changer pour ne rien changer ? » (image de Charlie Hebdo, 1975)

Publié dans Anthropologie et droit | Tagué , , , , , , , , , , , , | Laisser un commentaire

La crise de la crise ?

La question de la culture de masse surgit d’abord d’un problème tout autre et plus fondamental, à savoir : le rapport hautement problématique de la société et de la culture.

Il est besoin de rappeler que tout le mouvement de l’art moderne commence par une rébellion véhémente de l’artiste contre la société en tant que telle (et non contre une société de masse encore inconnue) pour comprendre à quel point ce rapport antérieur a dû laisser à désirer, et devenir méfiants à l’égard de la facile nostalgie qu’ont tant de critiques de la culture de masse pour un « Age d’or » de la bonne société policée.

Cette aspiration est beaucoup plus répandue aujourd’hui en Amérique qu’en Europe, pour la simple raison que l’Amérique, quoiqu’elle ne connaisse que trop bien le philistinisme barbare des nouveaux riches, n’a qu’une connaissance incertaine du philistinisme culturel et cultivé, non moins ennuyeux, de la société européenne, où la culture a acquis une valeur de snobisme et où c’est devenu une affaire de position sociale que d’être assez éduqué pour apprécier la culture (…)

Ces mots de Hannah Arendt dans La Crise de la culture (1961) pourrait être également appliqués aux idéologues et experts de la famille et en général de la société qui construisent un idéal de famille et de société où les règles étaient claires et où chacun avait son « rôle ». On oublie que cela n’a jamais existé. Et on oublie aussi que ces formes rigides d’assignation des rôles et des places, notamment dans la société rurale, a abouti au fascisme de masse qui a englobé les jeunes des années 30 dans toute l’Europe. Combien de temps encore doit-on pratiquer ce lavage de cerveau dans les sciences sociales et dans la psychanalyse réactionnaire de ceux qui nous vendent du « tout fout le camp » et du « pater familias » aux kilogrammes ?

Publié dans Anthropologie et droit | Laisser un commentaire

Au lieu de discourir sur les enfants morts, nous devrions changer les institutions qui accueillent les vivants

Depuis longtemps, je navigue dans les institutions qui ont pour mission  d’accueillir la vie ouverte sur l’avenir de la vie dans la protection de l’enfance, dans la « prise en charge » des personnes durement frappées par une condition économique, sociale, humaine d’exclusion et de discrimination sur qui pèse encore plus la présomption de culpabilité. Elle est inscrite dans les institutions qui ont toutes un fondement religieux ou théologique implicite. Il n’y a pas de mot dans le social et la santé qui ne soit pas imprégné par ce fondement religieux de notre culture chrétienne.

L’homme nait-il plus coulpable quand le hasard de la vie le fait venir au monde dans une famille « connue » par les services sociaux ?

Cet enfant signalé depuis le ventre de sa mère est-il moins digne de vivre comme tous les autres enfants dans la dignité et dans le devenir, de sorte que personne ne l’enferme dans une idéologie de la répétition des comportements de ses parents (eux-mêmes exclus de la vie digne et ordinaire) ? Peut-on commencer la vie parce que la société – par ses émissaires-experts et salariés – se penche sur votre berceau, non pas pour trancher, signaler, charger de mots négatifs et des regards pourris de soupçon votre vie mais pour vous conduite au dehors vers une société inconnue car ouverte vers l’à-venir ?

Cet enfant, a-t-il seulement le droit de devenir lui-même, une personne autre, car sa naissance lui confère cette possibilité unique, cet espoir et cette promesse? Comment se rassemblent les adultes-qui-savent et les parents qui se trouvent enfermés du côté des malheurs ? Qui bâtit des passerelles dignes de notre culture et du devenir de l’enfant ?

Récemment, la PMI, l’ASE et d’autres institutions se sont réunis sans informer les parents pour « analyser » et décider de l’avenir d’un foetus qui était dans le ventre de sa mère: placement dès la naissance ou pas? Toujours la même « solution » totale bureaucratique. Nous sommes donc, en 2014 et pas dans le film de Ken Loach des années 1970 d’un autre siècle. Ici, dans le conseil général, sept ou huit professionnels sont rémunérés pour gonfler les eaux de la peur, des fantasmes, des prédictions négatives, des dissections mortifères. C’est un lundi matin. Seulement voilà: dimanche, la jeune femme a fait une fausse couche à la maternité où elle était déjà hospitalisée et le bébé est né mort. Mort-né. Mais personne n’a eu l’idée d’inviter la mère ou de prendre de ses nouvelles. Ni la PMI, ni L’ASE. Et lorsque tout ce brave monde salarié a appris la nouvelle, cela ne les a pas empêché de poursuivre la réunion. cet exemple n’est pas isolé. parler de la mort peut se passer des événements de la vie et de la présence vivante de ceux dont il est question.

Quel monde fabrique les théories et les puissances des professionnels et de leurs institutions qui décident de la vie de ceux qui sont « connus » par les services sociaux ?

Quel accès à l’avenir et à la participation éclairées construisons-nous pour les familleS « connues » par l’ASE?

Sommes-nous dignes de nous intéresser aux enfants des autres sous prétexte de protection, alors que nos références sont plombées de préjugés fielleux, de prédictions négatives et d’une idéologie de la relégation portée aussi par l’ordonnance de certains magistrats ?

Pourquoi ériger l’idole ou l’image d’Epinal de la parentalité dans la figure d’un parent assassin, dangeureux, toxique … ? Pourquoi appauvrir à ce point notre force instituante la verticalité de la filiation ?

Notre travail d’équipe à ARTEFA consiste à saisir ce qui se passe en réalité, une réalité souvent recouverte de discours. Et d’ouvrir les pièces étanches des représentations et des références des travailleurs sociaux et des psychologues afin de les faire réfléchir sur les effets que leurs actes et théories ont dans la vie des enfants, des adolescents et des adultes.

Acquérir une posture professionnelle de dignité et de découverte de la vie est un défi.

A chaque réforme des diplômes d’état de travail social, on fige davantage l’idéologie négative, destructrice d’avenir, nichée dans ces métiers et dans l’administration française. Jusqu’à quand cette reproduction de la même négativité ?

Le pape François pourrait donner des leçons aux directeurs et Présidents des conseils généraux et aux magistrats de France.

Je lis LES DÉFIS PASTORAUX DE LA FAMILLE DANS LE CONTEXTE DE L’ÉVANGÉLISATION, Document de préparation, Cité du Vatican 2013.

Et j’aimerais lire des pensées aussi novatrices dans les documents de l’ONED, de l’ODASS et des ministères, mais aussi dans les pratiques et les réalités des institutions qui interviennent dans la vie privée des personnes soit dans le cadre d’évaluation d’une « information » dite « préoccupante » (mais où la présomption de culpabilité est omniprésente et le procès kafkaïen tient lieu de méthodologie), soit dans l’évaluation en vue d’agrément à l’adoption.

je lis dans les DEFIS : « Si, par exemple, on pense au seul fait que dans le contexte actuel tant d’enfants et de jeunes, nés de mariages irréguliers, ne pourront jamais voir leur parents recevoir les sacrements, on comprend combien sont urgents les défis posés à l’évangélisation de la situation actuelle, par ailleurs répandue partout dans le “village global”. Cette réalité trouve un écho particulier dans l’accueil immense que reçoit de nos jours l’enseignement sur la miséricorde divine et sur la tendresse envers les personnes blessées, dans les périphéries géographiques et existentielles: les attentes qui s’en suivent sur les choix pastoraux à propos de la famille sont énormes. »

A quand une réflexion sur la dignité des parents qui ne reçoivent aujourd’hui aucun soutien réel pour pouvoir cheminer autrement qu’écrasés devant leurs enfants par les puissantes idéologies de stigmatisation qui sont autant de formes laïques d’excommunication des parents de la vie de leurs enfants lorsque les professionnels interviennent au nom sacro-saint de la protection de l’enfance?

A quand une pensée dans les institutions pour cesser de confondre les préjugés et les stéréotypes de langage avec l’éthique et les obligations positives d’accueil et d’accompagnement ?

Chaque jour, Artefa tente de faire ce pas de côté vers l’anthropologie, c’est à dire vers la construction d’une philosophie de l’action fragile, très fragile, face aux bulldozers des jugements apodictiques et du bio-psycho-pouvoir. Voir notre culture de l’hospitalité et d’éducation, la culture de la transmission, des soins et des lumières, à ce point meurtrie, détruite de l’intérieur par les institutions censées l’instituer et l’enrichir, voir la pauvreté servile à laquelle sont réduits les futurs professionnels pendant leur formation initiale, voir la médiocrité et la suffisance des experts dans les diverses comités, collectifs, etc., voir les chefs pris dans leur lutte de pouvoir bureaucratique, ce sont les quelques points sur lesquels nous sommes appelés pour agir à notre niveau, par la formation.

Publié dans Anthropologie et droit | Laisser un commentaire

Quelle volonté manifestée par les décideurs pour modifier en profondeur la protection de l’enfance ?

Marina aux Assises de la protection de l’enfant à Lille (2014)

Cette année, aux Assises de la protection de l’enfance de Lille, il a été question de « la mort de Marina » et des « parents tortionnaires », ce qui faisaient glisser les échanges dans ce que l’on connaissait déjà, alors qu’il s’agissait de changer de paradigme. Il était question de « système » en éludant légèrement le fait que le système est composé de tous les professionnels et responsables présents dans la salle. Le système c’est nous.

Je retrouve un article publié dans le Monde en 2012 qui correspond à ce qui a été dit de cette même histoire tragique en 2014 : en protection de l’enfance, la mémoire flanche tout le temps… Le temps des institutions et leur habitude de redire les mêmes choses (dans une inertie qui sert de « liant »), n’est pas le temps des enfants qui quittent l’ASE sans que l’on puisse évaluer quel transfert de compétences, quelle éducation, quelle transmission assurent les centaines de milliers de professionnels, magistrats et experts qui les ont entre leurs mains pendant leur enfance et leur adolescence ?

Dépasser l’illogisme et la ségrégation contenus dans les théories et les croyances des professionnels 

Lorsqu’un enfant passe des années en observation, lorsqu’il est l’objet de multiples interventions ou qu’il vit 24h/24 dans les institutions de l’ASE,  entouré de professionnels, lorsque cette réalité est réellement prise en compte, qui pourrait se permettre de soutenir que l’enfant ne fait que reproduire, copier-coller, (par les gênes ou le sang?) les conduites « défaillantes » de ses parents ? Pourquoi faut-il éluder l’institutionalisation des enfants et négliger l’évaluation des effets laissés par les méthodes éducatives, par les grilles de lecture et par les interventions et les écrits des professionnels dans le développement de la personnalité des enfants « pris en charge » en protection de l’enfance ?

Une question précise, logique a été posée dans un atelier…

La question qui dérange et que l’on n’a pas voulu poser en plénière car elle touche à la responsabilité jusqu’au plus haut niveau de la politique de la protection de l’enfance est la suivante: si Marina aurait été prise en charge à temps et « sauvée » par la protection de l’enfance, si elle vivait jusqu’à 18 ans dans les services de l’ASE (famille d’accueil, foyer, école, centres de soins, etc.), quel aurait été le traitement qui lui réservait les institutions ? Quel traitement est réservé aux jeunes femmes qui grandissent dans les institutions ? Et que se passe pour elles à 18 ans ? Une des jeunes adultes qui a témoigné aux Assises dans un discours plaisant et lisse, n’a pas été invitée pour parler de la réalité qu’elle a dû affronter pendant son adolescent dans les MECS et ce qui s’est passé lorsqu’elle s’est retrouvée SDF à 18 ans dans le désert des institutions et la jouissance des professionnels qui lui avaient prédit ce « devenir » fatal. Quelle aurait été la dignité de Marina devenue mère ? Et sa dignité de citoyenne ? Est-ce que la protection et l’éducation reçues dans l’ASE auraient fait d’elle une citoyenne digne au regard des collectivités territoriales et des associations ? De sorte que l’on aurait pu dire qu’elle était une personne digne de vivre « comme tout le monde » si elle le souhaitait et devenir à son tour mère? Ou, au contraire, la protection lui aurait infligé une étiquette « connue par l’ASE » comme un stigmate l’accablant de la prédiction négative de la « reproduction » : elle aurait été enfermée dans la fatalité et le mécanisme du signalement l’aurait ciblée comme une « mère » à signaler, personne à risque et non pas l’inverse: alors qu’on aurait pu dire qu’elle a acquis plus de compétences que les enfants qui grandissent juste avec leur famille, car Marina aurait pu bénéficier des savoirs, savoir-faire, savoir-vivre de nombreux professionnels, n’est-ce pas ? Connaissant des nombreuses « Marina » vivant dans les institutions de la protection de l’enfance, je sais que la machine infernale de la stigmatisation lui aurait valu un signalement dés que Marina aurait déclaré sa grossesse. c’est là un des axes forts du changement de paradigme que l’on devrait prendre à bras le corps dans les formations et l’analyse des pratiques en protection de l’enfance.

Pourquoi cautionner la mécanique illogique qui enferme les enfants dans la discrimination, voire dans la ségrégation raciale, car cette idéologie stipule la suprématie de la transmission par la race et le sang au détriment de la culture, de l’éducation, du devenir humain ?

L’article de 2012 paru dans Le Monde, fidèlement repris par le « rapport » de 2014

Affaire Marina : qui est responsable ? Le Monde.fr | 27.06.2012 à 10h37 • Mis à jour le 27.06.2012 à 10h37

« Une loi du 5 mars 2007 a renforcé considérablement la responsabilité des conseils généraux dans la prise en charge de la protection de l’enfance, y compris en cas de maltraîtance. Jusqu’alors, les services sociaux de l’administration départementale intervenaient lorsque le danger encouru par l’enfant n’était pas trop grave, sinon la situation familiale était signalée au Parquet. Ce dernier pouvait alors saisir le juge des enfants. Suite au constat que, par crainte d’être mis en cause par la justice pour avoir tardé à réagir, l’administration avait tendance à trop signaler, la loi de 2007, par un retour de balancier, imposait un plus important traitement en amont, avant un éventuel signalement aux autorités judiciaires. C’est ainsi qu’actuellement, même si un enfant est en danger, les services sociaux doivent intervenir auprès de la famille, s’il y a possibilité d’évaluer la situation, et si la famille accepte l’intervention. Dans le cas de la petite Marina, victime de la cruauté de sa mère et du compagnon de cette dernière, si l’on s’en tient à ce qui s’est dit lors des débats de la cour d’assises de la Sarthe, rapportés par la presse, on constate un certain nombre de contradictions. L’affaire a été signalée par l’école au Parquet avec copie à l’aide sociale à l’enfance (département). Ce service ne serait pas intervenu, puisque le Parquet enquêtait. La presse s’en offusque, le président des Assises aussi. C’est ignorer ou dissimuler le fait que lorsqu’une enquête judiciaire a lieu, d’une part on peut estimer que ses enquêteurs ont davantage de moyens pour découvrir la vérité, d’autre part le plus souvent les autorités judiciaires ne supportent pas qu’une intervention parallèle ait lieu (ne serait-ce pour ne pas interférer dans le déroulement de l’enquête de la police judiciaire). On découvre par ailleurs que le Parquet a classé l’affaire sans informer le conseil général. Ce dernier ne l’a appris qu’en interrogeant le Parquet. Pour expliquer cette anomalie, le président des Assises déclare : « La justice traite de l’infraction pénale, pas de la protection de l’enfance. » Cette assertion, dénuée de tout fondement, tend à renvoyer la faute sur l’administration et dégager ainsi les autorités judiciaires (comportement classique dans ce genre d’affaire). En juin 2009, l’hôpital signale au conseil général, preuves médicales à l’appui nous dit-on, que Marina a fait l’objet de nouvelles violences. Et ici ou là de s’étonner que les services du conseil général n’aient pas aussitôt saisi le Parquet. Sauf que l’hôpital ne l’a pas fait non plus, car il estimait que ce n’était que des « suspicions ». On voit bien que dans la chaîne des responsabilités, malgré toutes les tentatives législatives de clarification, il subsiste des imprécisions, des malentendus et des comportements de « patate chaude ». On n’hésite pas à reprocher tour à tour au service social de ne pas intervenir quand les autorités judiciaires sont saisies, et de ne pas les saisir quand lui-même intervient. Il est certain que lorsque l’on connaît la fin tragique de l’histoire, il est tentant de chercher des coupables. Le calvaire qu’a subi cette enfant est tel que la colère publique (lire le déchaînement des internautes) ne peut se focaliser sur les seuls parents : leur crime dépasse l’entendement. Les accuser et les punir ne suffira pas à combler l’indignation publique. Alors chacun y va de son commentaire, ironise sur les indécisions, aimerait bien élargir le banc des accusés. La petite assistante sociale du secteur pourrait faire l’affaire. Pourtant, elle s’est préoccupée de la situation, elle a effectué plusieurs visites à domicile, parfois avec la puéricultrice. Le président du conseil général de la Sarthe couvre ses agents, cela fait jaser mais il importe de rappeler que le service social n’a pas pour mission principale d’enquêter sur la maltraîtance éventuelle que subit un enfant. Il a bien d’autres missions. Sa proximité avec les populations explique qu’il lui a été demandé depuis longtemps de faire connaître les situations de maltraitance dont il aurait connaissance et, de plus en plus, d’enquêter sur des affaires signalées par d’autres. Ce n’est pas un service de police, il n’a pas d’autorité particulière pour investiguer. Il travaille sur la parole des gens et sur ses propres constats. Dans ce cas précis, la famille a berné le service social, comme elle avait berné la gendarmerie. Y compris en déménageant plusieurs fois. POUR DES ENQUÊTEURS SPÉCIALISÉS DANS L’ADMINISTRATION Lorsque se produisent de tels événements, alors que le dispositif de protection de l’enfance est peut-être l’un des plus rodés dans le secteur social dans notre pays, la question des responsabilités se pose à nouveau. Des associations (Enfance et partage, L’Enfant bleu, Innocence en danger, La Voix de l’enfance) réapparaissent et se refont une notoriété. Bien que sur le terrain ce sont les personnels qu’elles mettent en cause qui effectuent 98 % du travail de protection, elles viennent donner des leçons, tenant quelques fois des propos insultants à l’encontre de travailleurs sociaux qui sont pourtant les premiers protecteurs de l’enfance en danger. Par ailleurs, elles n’hésitent pas à laisser entendre dans les médias que les 98 000 enfants en « danger » sont des enfants victimes de violences, des enfants maltraités. Ce qui, évidemment, est faux. Cette affaire démontre que l’on risque d’assister à un nouveau retour de balancier dans le sens contraire (ce qui était prévisible) : l’administration se mettant à signaler très rapidement aux autorités judiciaires pour ne pas être mise en cause dans les prétoires. Mais, plus positivement, elle pourrait aussi conduire le nouveau gouvernement à mesurer justement les conséquences de la loi de 2007 : si l’administration départementale doit jouer un rôle accru dans l’accompagnement des familles et dans le dépistage des maltraîtances, alors les moyens financiers doivent être donnés aux départements pour assumer correctement cette tâche (ce qui n’a pas été fait jusqu’alors). Et peut-être ces départements devront réfléchir à la nécessité d’avoir des équipes d’enquêteurs spécialisés, en lien avec les professionnels sociaux de terrain, compte tenu de la fonction semi-judiciaire que la loi leur demande d’assurer. Yves Faucoup est un ancien directeur d’un centre de formation de travailleurs sociaux, ancien directeur de l’action sociale d’un département. »

 

Publié dans Anthropologie et droit | Tagué , , , , , , , , , | Laisser un commentaire